Dossier

“La Passion du Christ” de Mel Gibson

Note : ce dossier a été publié dans la revue Sodalitium n°56

Dans ce dossier sur le film de Mel Gibson nous publions quatre documents. Le 1er est un article introductif de l’abbé Giugni ; le 2ème est une recension écrite par notre confrère américain Mgr Sanborn. Le 3ème est un document du journaliste juif David Kinghoffer qui montre comment le film de Gibson est conforme aux écritures juives. Le 4ème est un tract qui a été distribué par “coordinamento cattolico” à la sortie des cinémas dans plusieurs villes italiennes. Nous signalons enfin quelques livres pour approfondir les sujets inhérents à la Passion du Christ.

 

Quelques réflexions sur le film “La Passion du Christ”

Par M. l’abbé Ugolino Giugni

Le 7 avril est sorti en Italie aussi le film de Mel Gibson sur les douze dernières heures de la vie de Notre-Seigneur : “La Passion du Christ”. Nous ne pouvons que nous réjouir qu’après tant d’années soit présenté au public du monde entier un film fait par un catholique et présentant une vision absolument orthodoxe de la Passion. Nous étions habitués depuis trente ans à des films offrant une vision édulcorée de Jésus-Christ (comme le “Jésus de Nazareth” de Zeffirelli), conformes à la doctrine du Concile Vatican II, sans parler de ceux délibérément blasphématoires. Comme l’on sait, “La Passion” a déchaîné de nombreuses polémiques dans la presse nationale et internationale avant même d’être présenté dans les salles de cinéma en raison surtout des accusations d’antisémitisme. Cet article veut compléter ce qu’a déjà écrit notre confrère américain Mgr Sanborn dans la très bonne recension du film reproduite tout de suite après.

 

Les réactions dans la presse

Nous donnons ici certains commentaires et jugements de “personnes autorisées” publiés dans les journaux italiens sur le film de Mel Gibson. Comme on le verra, ils sont surtout négatifs, mais c’est bon signe, précisément du fait de leur provenance (“dis-moi qui tu hantes ; je te dirai qui tu es” dit le proverbe).

 

• Pour Bruno Vespa, le film “dresse les juifs contre les catholiques pour une question de fric” (http ://cinema.libero.it/iol/news/it).

• Francesco Cossiga qui se définit “catholique conciliaire” définit le film une « horreur, un western religieux… qui inspire des sentiments de vengeance, et fausse totalement l’enseignement du Concile Vatican II sur les juifs “nos frères aînés” » (La Stampa 9/04/2004).

• Pour Furio Colombo, directeur de l’Unità [organe officiel du parti communiste italien, n.d.a.], “la Passion” “est un film pornographique qui devrait être interdit aux enfants. (…) Qui relève plus de l’histoire psychiatrique que de celle du cinéma”. Colombo se demande comment “de nos jours, la culture, l’Église et le public acceptent un film pornographique et blasphématoire. Blasphématoire surtout en ceci : au lieu de laver les péchés du monde, dans ce film l’interminable torture du Christ sert à énumérer une à une les fautes des juifs et leur inévitable condamnation. C’est étonnant, c’est honteux, mais c’est ainsi. Cela se passe sous peu à Rome, à deux pas du Pape” (l’Unità 20/03/2004). L’accusation de “pornographie” semble empruntée directement au Talmud, mais on pourrait aussi dire plus simplement que “la bouche parle de l’abondance du cœur” ; et il est non moins étonnant de voir le communiste (et juif) Furio Colombo prendre la défense de l’“église et du Pape”.

• Le réalisateur Zeffirelli au cours d’une interview à Radio24 a démoli le film de Gibson car “trop violent” ; mais son jugement semble plutôt découler d’un “conflit d’intérêts” puisqu’il mit en scène dans les années 70 son “Jésus de Nazareth” qui était, jusqu’à maintenant, considéré comme le film catholique par excellence (sur lequel, à vrai dire, il y aurait beaucoup à redire).

• La recension que le Père di Noia, de la congrégation pour la doctrine de la Foi, fait du film (8/12/2003 www.zenit.org) est au contraire positive. Pour lui, ce film “requiert les yeux de la foi pour voir que le défigurement du corps du Christ représente le défigurement spirituel et le désordre causé par le péché. (…) Il y a une sensibilité catholique très efficace, et le film de Mel Gibson sera sans aucun doute compté parmi les meilleurs”. Sur la question de l’antisémitisme, le Père di Noia dit que Gibson “ni n’exagère ni ne minimise le rôle des autorités juives et des procédures légales relatives à la condamnation de Jésus, (…) et que le film propose ce que les évangélistes et l’Église ont toujours vu avec clarté”. Enfin quant au message spirituel, le Père di Noia dit : “Je crois que le film de Mel Gibson poussera les personnes à l’amour. Le cœur devrait être de pierre pour rester impassible face à ce film extraordinaire et par l’impénétrable profondeur de l’amour divin qu’il tente de rendre vivant sur l’écran”.

• Pour Silvia Ronchey, “Le film de Gibson est une représentation sacrée, génialement semblable à celles qui se sont toujours faites le vendredi saint dans les pays catholiques”. S. Ronchey doit reconnaître qu’“une acception mal comprise bonasse et moderniste de la doctrine post-conciliaire, la même qui a éliminé le latin de la Messe, a quasi complètement effacé chez nous la valeur de la souffrance” (La Stampa 7/04/2004). Le même jour, toujours sur “La Stampa”, Igor Man dans un article très politique intitulé “Passion sans trêve” parlant de “grand-guignol lefebvriste” démolit le film en définissant “La Passion un canular… noyé dans une mer de Ketchup”.

• Umberto Eco dans une recension pleine de vulgarité se demande : “La haine de Gibson pour le Nazaréen doit être incroyable, puisqu’on ne sait pas quelles anciennes répressions il déverse sur son corps toujours plus sanguinolent”. No comment !

• Un incroyable document de “prise de position commune des représentants juifs, catholiques et évangéliques allemands” contre “les dangers d’un film” dans lequel est âprement critiquée la “brutalité et la violence du film et le danger de réveiller des préjugés antisémites” a été publié. Ce document est signé conjointement par le Dr Paul Spiegel, président du conseil central des juifs en Allemagne, par le Cardinal Karl Lehmann, président de la conférence épiscopale allemande, et par Mgr Wolfgang Huber de l’église évangélique allemande (La Documentation Catholique 4/04/2004 n° 2311).

• De nombreux autres commentaires et recensions tant favorables que défavorables ont été faits. Des critiques féroces sont venues pratiquement de tous les milieux juifs. Il faut signaler que le film a eu au contraire un succès énorme y compris dans les pays non catholiques comme les pays arabes et de l’Asie ; et en Palestine, où le gouvernement israélien l’avait interdit, de nombreuses copies pirates qui ont obtenu un très grand succès, même parmi les islamistes, ont circulé. La Passion a rapproché de la foi de nombreux non catholiques dans tous les pays du monde.

 

Un question importante : le sang de Jésus comme prix de la Rédemption

Mel Gibson a été vivement critiqué dans les milieux catholiques, faisant abstraction de la question de l’antisémitisme, pour la violence exprimée dans son film, pour la quantité de sang qui fut répandue par le Christ en particulier dans les scènes de la flagellation. Plusieurs ont parlé de “horror splatter” de “niais et ininterrompu crescendo de violence gratuite”. Ces critiques sont en partie partageables pourvu que l’on n’oublie pas la violence gratuite et nuisant à l’éducation à laquelle Hollywood nous a habitués depuis des années dans les films qui passent à la télévision, y compris dans les plages horaires pour les jeunes, et en face desquels personne ne déchire ses vêtements comme font les Cossiga, Eco et Colombo.

 

A ce propos, il est important de considérer le prix du sang que le Christ a versé pour notre rédemption : il devait y avoir beaucoup de sang pour représenter l’immensité de son sacrifice et pour rendre ce sacrifice en termes visuels dans le film. En outre, “les images de la dernière Cène alternent avec celles de la Passion, pour créer le parallélisme entre le sang et le corps du Christ et le vin et le pain de l’Eucharistie. Voilà donc la présence salvatrice du sang tout au long du film : Marie qui essuie le sang du Christ sur le sol, le sang du Christ imprimé sur le linge de Véronique, Cassius qui se convertit après avoir reçu sur le visage le sang du côté, et symboliquement le sang gicle sur les visages des flagellateurs. Le sang est un symbole, et il s’avère nécessaire et approprié, parce que c’est le sang du Christ qui a lavé nos péchés : ce ne sont pas les miracles qu’il a accomplis durant sa vie, mais le sacrifice de sa Passion. (…) Il ne s’agit pas de violence gratuite … ce n’est que comme cela que l’on comprend pourquoi le film est si dur en montrant quelle souffrance nous avons infligée au Christ” (Francesco Faschino sur www.sassiweb.it site officiel des Sassi di Matera). Le sang de Jésus-Christ est réellement le prix pour la rédemption de l’homme. La rédemption est entendue par rapport au péché qui est une offense à Dieu et rend l’homme moralement esclave du Démon : Jésus pour nous sauver nous rachète en offrant objectivement au Père une expiation ou satisfaction en justice pour le péché, et un rachat ou réintégration des hommes dans les biens qu’ils avaient perdus. La théologie catholique nous enseigne donc que le Verbe de Dieu s’incarne en se liant à l’humanité, et ainsi expie et répare, à la place de l’homme pécheur, face à Dieu offensé (satisfaction vicaire) en méritant pour tous la réconciliation avec Dieu et la libération de l’esclavage de Satan et du péché (dans l’article suivant, Mgr Sanborn explique très bien la différence entre la conception catholique et la conception protestante de la rédemption). Il faut cependant noter que la rédemption opérée par Jésus fut de valeur surabondante, dans la mesure où il aurait pu nous sauver en souffrant beaucoup moins, puisque la plus petite action du Christ (même une de ses larmes) du fait de l’union hypostatique de la nature humaine avec l’union divine a déjà en soi une valeur infinie qui aurait pu sauver le monde. Jésus a donc dépassé la stricte justice en versant tout son sang, et en souffrant comme il a souffert, a montré la grandeur de son amour et de sa miséricorde envers les hommes pour les attirer tous à son amour infini. En voyant comme le Seigneur nous a aimés, qui peut ne pas payer de retour un pareil amour ?

 

L’épiscopat français a exprimé sa pensée dans une « Note doctrinale sur “la Passion du Christ”, film de Mel Gibson » signée par le Père Philippe Vallin, c.o., secrétaire de la commission doctrinale de la conférence des évêques de France (on peut trouver un extrait de ce document sur la “Documentation Catholique” n° 2312 du 18/04/2004). On peut y lire ceci : « Jésus a choqué ; ce que la théologie a pris l’habitude de nommer ses prétentions (pardonner les péchés, transgresser la lettre du sabbat en maître de l’esprit du sabbat, relativiser le fait du temple de Jérusalem etc.) [c’est-à-dire affirmer être Dieu et en donner la preuve avec les miracles, n.d.a. !], a provoqué des questions légitimes parmi les Juifs ses frères. Les réponses qu’il a apportées n’étaient pas mécaniquement convaincantes et supposaient qu’un Pharisien, un centurion romain, un publicain, un lépreux, s’en remettent à son autorité inouïe par un acte de foi, renouvelé à la racine. (…) Le spectateur moins averti est exposé au risque de ne comprendre dans ces deux heures d’horrible lynchage qu’une espèce d’événement erratique, un déchaînement de violence furieuse, démente, incompréhensible en tout. (…) On doit s’interdire d’instruire un procès d’intention contre l’auteur de ce film sur le sujet de l’antisémitisme. Mais il demeure vrai qu’objectivement, le parti qu’il a pris de ne rien montrer [de la violence] des controverses entre Jésus et les Pharisiens, les scribes, les chefs de prêtres, aboutit à cet effet de mutilation mécanique : les Juifs du Sanhédrin sont largement privés de l’expression des motifs, reçus de la Révélation elle-même, qu’ils avaient eus d’être au moins surpris, heurtés, contredits, par la prédication du Rabbi de Nazareth. (…) Comment ne serait-il pas [le peuple juif] blessé à la représentation tronquée du choc que Jésus, le Médiateur d’une Alliance Nouvelle, a sciemment provoqué au milieu de ses frères par sa prétention d’accomplir ? » Par conséquent, pour l’épiscopat français les juifs contemporains de Jésus ne pouvaient pas comprendre ses prétentions de divinité et ont bien fait de le mettre en croix puisque les miracles (dont ils ne parlent pas parce qu’ils n’y croient pas… !) n’étaient pas suffisants pour faire un acte de foi en Lui. Mais c’est encore la question du sang du Christ qui trouble les évêques transalpins ; c’est aussi là le refus de la théologie catholique traditionnelle qui voit le sang de Jésus nécessaire en justice pour la rédemption des hommes des fautes de leurs péchés. Le P. Vallin poursuit en effet : “Cet isolement de la Passion [du reste de la vie de Jésus] conduit à une autre équivoque théologique de grande portée : le péché du monde, et en face de lui, l’intention de salut qui dirige l’existence du Fils de Dieu venu parmi les hommes, ne sont pas dans la nécessité, là encore toute mécanique, de se négocier au prix du sang. Comme si Dieu dans sa Toute-Puissance, était de toute éternité soumis à une règle qui l’oblige et le contraigne, lui aussi, le Dieu infiniment libre : l’injustice des hommes ne pourrait être compensée, corrigée, guérie que par la justice de Dieu le Père mais au prix des souffrances et de la mort du Fils. (…) La nécessité du sang réparateur est ici en grand péril de masquer la décision filiale de l’amour”. Saint Paul, au contraire, nous rappelle la valeur du sang de Jésus-Christ : “Combien plus le sang du Christ, qui par l’Esprit-Saint s’est offert lui-même à Dieu, comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant ?” (Hebr. IX, 14) ; et avec lui Saint Pierre : “sachant que ce n’est point avec des choses corruptibles, de l’or ou de l’argent, que vous avez été rachetés,… mais par le sang précieux du Christ, comme un agneau sans tache et sans souillure, déjà connu avant la création du monde, mais manifesté dans les derniers temps à cause de vous” (I Pierre I, 18-20).

 

Quelques réflexions spirituelles

• Ce qui m’a le plus touché dans ce film, ce sont les flash-back entre la crucifixion et la dernière cène avec l’institution de l’Eucharistie, qui montrent très bien l’identification du sacrifice du calvaire avec le sacrifice de la Sainte Messe qui en est le renouvellement sans effusion de sang. L’acteur qui incarne Jésus (J. Caviezel) a une majesté, une dignité et simplicité extraordinaire et représente vraiment bien Notre-Seigneur, chose rien moins que facile.

• La personne de la Sainte Vierge est également très bien représentée. Elle est toujours à côté de son Fils du début à la fin de la Passion ; tout ce que son Fils souffre dans le corps, elle le souffre dans le cœur et associe ainsi sa douleur à celle du Rédempteur ; elle est ainsi la Corédemptrice universelle du genre humain. Cette vérité s’est enracinée toujours plus dans la doctrine catholique et dans le cœur des fidèles, surtout à partir du pontificat de Pie XII quand il estima qu’elle devait être définie comme dogme et fête liturgique. Particulièrement émouvante la rencontre de Jésus avec la Sainte Vierge au cours du chemin de croix, quand il dit “ecce nova facio omnia”. Très touchante aussi la scène dans laquelle, après le procès, la Sainte Vierge s’agenouille et appuie l’oreille sur le pavé puisque au-dessous se trouve la cellule dans laquelle est enfermé Jésus, et son Fils “sent” la présence du cœur Immaculé de sa Mère.

• Saint Jean suit toujours le Seigneur et soutient la Sainte Vierge dans son affliction. Ceci est conforme aux Évangiles ; on voit en lui le bien-aimé du Seigneur et le témoin oculaire de ce qui s’est réellement passé (on a vraiment l’impression qu’il enregistre tout ce qu’il voit) et qu’il écrira ensuite dans son Évangile et dans ses épîtres, comme il dit lui-même : “Celui qui l’a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai. Et il sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez aussi” (Jn XIX, 35).

• Mel Gibson dans la réalisation de son film semble s’être inspiré des tableaux du Caravage et de l’école italienne de la Renaissance ainsi que des peintres flamands. Ceci est particulièrement évident dans les scènes du jardin des oliviers, du procès avec les clairs-obscurs et l’illumination empruntée aux tableaux de la contre-réforme catholique, et plus encore dans les scènes de la dernière Cène où Jésus parle avec ses Apôtres. Il y a donc un rappel clair à l’art antique et traditionnel.

• L’emploi des langues latine et araméenne est vraiment très beau : il touche beaucoup et il est émouvant d’entendre parler le latin qui est considéré comme une langue morte. Il faut remarquer qu’à Pilate qui l’interroge en araméen Jésus répond en latin puisque, étant Dieu, il connaissait à la perfection toutes les langues.

• La scène dans laquelle, avec un flash-back, Jésus nous est montré en train de travailler dans la maison de Nazareth alors qu’il construit une table en bois a été interprétée différemment. Malgré l’inexactitude, la non-correspondance avec les Évangiles, et quelle que soit la portée théologique qu’elle peut avoir (lire ce qu’écrit Mgr Sanborn) elle est, à mon avis, plutôt importante. Il y a une signification cachée, pas facile peut-être à percevoir, mais vraiment spirituelle. Jésus construit une table que la Sainte Vierge trouve “trop haute” pour pouvoir manger dessus, mais en réalité il semble s’agir d’un autel (pour la Messe de Saint Pie V…) qui, comme on le sait, doit être plus haut qu’une table normale. En outre, le Seigneur pour l’essayer s’y appuie avec les coudes, précisément la position que prend le prêtre pour consacrer l’Eucharistie, et s’assoit ensuite dessus, parce que sur l’autel pendant la Sainte Messe descendent le Corps et le Sang de Jésus “vrai pain des anges descendu du ciel” (Jn VI, 41). Il y a donc dans cette scène un autre parallélisme avec le sacrifice de la Messe que Jésus se prépare à instituer depuis sa vie cachée. Rien que pour ce motif cette scène ne serait pas à enlever mais à conserver. Il faut dire en outre que ce passage de la vie cachée (probablement pris dans les extraits d’Anne-Catherine Emmerich) contribue à nous faire comprendre l’humanité de Jésus, et son affection et son intimité avec sa Sainte Mère.

• La dernière scène, celle de la Résurrection, est d’une sobriété évangélique. Sans emphase mais de manière très significative, on voit le linceul se dégonfler et le Seigneur à nouveau rempli de dignité, beauté et majesté, se lever et s’en aller. La référence au Saint Suaire de Turin avec le Seigneur qui passe à travers le sacré linceul et y laisse son image imprimée est très claire. Ce qui est tout à fait traditionnel et catholique.

• Les caractères humains sont très bien représentés dans ce film. Les soldats et Hérode figurent l’ordre de la sensualité et de la brutalité, de l’homme charnel, esclave de ses passions qui le rendent incapable de comprendre les mystères divins. Les chefs religieux, Caïphe, Pilate figurent ceux qui détiennent le pouvoir dans le monde, et qui, par peur de perdre ce pouvoir et à cause de l’orgueil intellectuel, ferment les yeux face à la vérité, après qu’elle se soit faite connaître à eux. Jésus, les Apôtres et Marie représentent l’ordre de la charité, de l’amour et de la justice persécuté par ceux qui font le mal. Le Cyrénéen, les pieuses femmes, Marie-Madeleine, le bon larron et le centurion qui se convertissent représentent la meilleure partie de l’humanité qui, sans préjugés, mais avec un cœur simple et pur reconnaissent la vérité et par amour envers Dieu font le bien, même au prix de très grands sacrifices.

• On a dit que Gibson s’est inspiré des écrits d’Anne-Catherine Emmerich, mystique allemande vivant au début du dix-neuvième siècle. Il s’agit peut-être d’un choix discutable puisque, comme l’on sait, ce fut Clément-Marie Brentano, écrivain romantique allemand imbibé d’ésotérisme, qui rassembla les écrits posthumes d’A.-C. Emmerich au point que, au dire de l’Encyclopédie Catholique, il devient pratiquement impossible de distinguer ce qui est de la mystique et ce qui est de Brentano. Mais dans l’ensemble on peut dire que ces détails, qui ne se trouvent pas dans l’Évangile, ne gênent pas outre mesure.

 

La Passion comme terme (ou commencement) d’un chemin de conversion pour Mel Gibson

On a beaucoup parlé du traditionalisme de Gibson et de sa vision anti-conciliaire de la Passion. Il est vrai que le père de Gibson, Athon, est un traditionaliste et même un sédévacantiste convaincu, et que Mel a reçu dans sa jeunesse une formation catholique (il a été formé dans les écoles de la Fraternité Saint-Pie X) mais ensuite, quand il commença à être acteur, il s’éloigna de Dieu. Mel Gibson lui-même dans des interviews (en particulier dans une interview télévisée à une chaîne américaine connue et diffusée en Italie par la chaîne Italia 1), a dit que cette idée de faire le film l’a sauvé d’une période de profonde crise dans laquelle il pensait même au suicide, dégoûté comme il était de tout ce qu’il avait (biens du monde, argent, plaisirs et succès, etc.) mais qui ne pouvait satisfaire pleinement son cœur. Saint Augustin disait : “Tu nous a créés pour toi Seigneur et notre cœur est inquiet tant qu’il ne se repose en toi”. Je rapporte ici l’extrait d’une interview du célèbre acteur et réalisateur :

 

«  Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser ce projet ?

L’idée s’est esquissée graduellement au cours des dix ou douze dernières années quand, vers les 35 ans, j’ai commencé à chercher à connaître les racines de ma foi. J’ai toujours cru en Dieu, à son existence, et j’ai été éduqué à croire d’une certaine manière. Mais vers les 30 ans j’allais à la dérive et d’autres choses avaient pris la première place. Je me suis alors rendu compte que j’avais besoin de quelque chose de plus si je voulais me sauver. Je sentis l’exigence de faire une recherche plus approfondie de l’Évangile, de reconstruire toute l’histoire... C’est là que l’idée a commencé d’effleurer mon esprit. J’ai commencé à la voir de manière réaliste, à la recréer dans mon esprit de manière à ce qu’elle ait un sens pour moi au point d’y être partie prenante. C’est cela que je veux porter à l’écran.

Plusieurs films ont déjà été faits sur la vie du Christ. Pourquoi en faire un autre ?

Je ne crois pas que les autres films aient atteint la vraie force de cette histoire. Au fait, en avez-vous déjà vu un ? Ou ils sont approximatifs dans l’histoire, ou ils ont de très mauvaises bandes-son... Ce film veut montrer la Passion de Jésus-Christ exactement de la manière dont elle s’est passée. C’est comme voyager en remontant le temps et voir les événements se dérouler exactement comme ils se sont déroulés » (interview accordée à l’agence www.zenit.org).

 

Comme on peut le constater, un chemin de conversion a conduit Gibson à faire ce film. Nous ne pouvons que souhaiter au réalisateur l’aide de Dieu, puisque grâce au bien que son film a fait, beaucoup d’âmes pourront comprendre l’amour de Jésus et la laideur du péché. De plus, nous remarquons deux choses : la première, que le cinéma, devenu de nos jours l’un des moyens les plus puissants aux mains du mal pour la perversion des âmes, s’il était bien utilisé, et par des catholiques, serait capable de faire vraiment beaucoup de bien ; la seconde, que Notre–Seigneur Jésus-Christ fait toujours parler de lui, même après deux mille ans. Étant “le signe de contradiction et la pierre d’achoppement” (cf. Luc II, 34), on ne peut rester indifférents : “ou avec lui ou contre lui”.

 

Conclusion

On peut dire qu’il s’agit d’un film “exceptionnel” c’est-à-dire qu’il sort de l’ordinaire, des films auxquels nous sommes habitués. Malgré toutes les limites d’une œuvre cinématographique, il semble rappeler les œuvres d’art de la peinture du passé qui nous ont tant aidés dans la méditation de la Passion du Seigneur. Il s’agit encore d’une “représentation sacrée” qui nous aide à méditer les souffrances de Jésus-Christ Notre Sauveur afin que les hommes “regardent Celui qu’ils ont transpercé” (Jn XIX, 37). Tous ceux qui voient ce film sans préjugés pourront, par grâce de Dieu - à travers le Précieux Sang de Jésus -, pénétrer dans le mystère de l’ineffable amour divin puisque comme dit l’Évangile “il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis” (Jn XV, 13) ; et Jésus est justement mort pour nous, pour nous montrer son grand amour.

 

Une critique du film “La Passion du Christ”

par Mgr Donald J. Sanborn

APPRÉCIATION GÉNÉRALE : EXCELLENT. Aller voir ce film, c’est tout simplement être témoin et voir de ses propres yeux la Passion et la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

APPROCHE GÉNÉRALE DU SUJET : C’est avec beaucoup de scepticisme que je suis allé voir ce film ; je craignais d’être cruellement déçu par l’interprétation du Christ et de la Vierge Marie. Le Christ est vrai Dieu et vrai homme, mais la personne du Christ est la personne divine, la seconde personne de la Sainte Trinité. Presque toujours, les films humanisent trop le Christ. La caractéristique du Christ est sa divinité et non pas son humanité.

 

Dans ce film cependant, le respect de la prédominance de la divinité dans le caractère du Christ est très bien préservé. C’est une chose très très difficile, presqu’impossible à faire. Pour montrer le Christ tel qu’Il était vraiment, il faut combiner l’autorité et la dignité de sa divinité avec l’extrême humilité, innocence, et bonté de son humanité. M. Gibson a combiné ces deux choses dans ce film au moins autant qu’il est humainement possible de le faire. C’est un exploit.

 

Les acteurs : James Caviezel, l’acteur qui joue le rôle du Christ, réalise une prestation vraiment fantastique pendant tout le film, que ce soit pendant les scènes de la Passion elle-même, ou pendant les flash-back sur la vie publique de Notre-Seigneur. À mon avis, la description exacte du Christ pendant les flash-back était plus difficile à rendre que le portrait du Christ durant la Passion, étant donné que dans la Passion l’humanité de Notre-Seigneur est plus évidente. Dans sa vie publique, cependant, la divinité de Notre-Seigneur est plus évidente. M. Caviezel interprète un Christ totalement crédible et très vite on oublie qu’on regarde un film. Le spectateur est transporté dans la scène, comme s’il y était.

Maia Morgenstern est une Vierge Marie très convaincante, mais le mérite en revient davantage encore au metteur en scène qui a compris que Notre-Dame n’était pas simplement une femme en pleurs au bord du chemin de croix, comme on la représente si souvent, mais bien plutôt était véritablement unie à Notre-Seigneur dans sa Passion et dans sa mort. Seul un catholique pouvait la représenter de cette façon. Notre-Dame ne se réduit pas à une femme brisée par l’émotion qui ne peut pas supporter de voir son Fils souffrir et qui a besoin d’être soutenue après l’avoir rencontré. Au lieu de cela, elle est avec lui dès le début, regardant tout ce qui se passe, ressentant en elle chaque coup de fouet, recevant chaque coup. C’est sa compassion, sa passion avec celle de Notre-Seigneur. Saint Bernard a expliqué que son amour pour Notre-Seigneur était si fort qu’elle ne laissa aucune souffrance L’atteindre qu’elle ne l’ait d’abord ressentie dans son propre cœur. Le film décrit cette réalité à la perfection.

Alors que Notre-Dame souffre certainement du début jusqu’à la fin, elle reste calme et regarde tout jusqu’au dernier moment. Théologiquement et historiquement parlant, ceci est parfaitement correct. Le travail de l’acteur qui joue le rôle de saint Jean est aussi admirable et convaincant. Cependant, ici encore, tout le mérite en revient au metteur en scène. Loin d’être le garçon irrésolu et efféminé que l’on montre dans presque tous les films sur le Christ, saint Jean est un jeune homme plein de force, de dignité et d’innocence qui suit Notre-Seigneur intensément dans tout ce qui lui arrive, semblant comprendre parfaitement la mission sacrée qu’est la Passion.

Le jeu de l’actrice qui interprète sainte Marie-Madeleine est correct, mais elle n’est pas aussi convaincante que les autres à mon avis. L’acteur qui incarne Ponce Pilate est aussi remarquable dans son rôle, il réussit à communiquer beaucoup de choses par les expressions de son visage. La plupart du temps, il n’a pas besoin de parler, on sait ce qu’il pense. Il rend à la perfection les tortures de sa conscience au sujet de la condamnation du Christ.

Les membres du Sanhédrin, en particulier Caïphe, sont très bien rendus.

 

CE QUI EST EXACT. Le film est – dans l’ensemble – très exact et très fidèle à l’Évangile, même dans de minuscules détails.

L’arrestation au jardin des Oliviers est pleine de réalisme, en particulier dans la scène où St Pierre coupe l’oreille de Malchus et où Notre-Seigneur la remet à sa place.

Le jugement de Jésus par le Sanhédrin correspond exactement au récit de l’Évangile.

Le reniement de St Pierre est rendu à la perfection.

La flagellation à la colonne est si réaliste et correspond si exactement à tous les détails fournis tant par les évangiles que par les commentaires, que l’on ressent soi-même chaque coup de fouet qui frappe le dos et la poitrine du Sauveur.

Les railleries et les outrages des soldats romains sont conformes à l’histoire et typiques de leur mentalité : à leurs yeux, tout condamné était un objet méprisable dont il convenait de s’amuser. Pour les soldats, tout condamné – même s’ils ne le connaissaient pas – était un être dépourvu de toute dignité, un vaurien. Les soldats romains traitaient leurs victimes exactement comme le chat qui s’amuse avec la souris avant de la dévorer.

Notre-Seigneur répond en latin à Pilate qui s’adresse à lui en araméen. Ce détail subtil montre bien la divinité de Notre-Seigneur, car il connaissait cette langue non pas par connaissance humaine acquise mais par Sa science infuse communiquée à Son intelligence humaine par Sa nature divine.

Le désir de Notre-Seigneur de subir Sa passion et de porter la croix apparaît tout au long du film, dans de nombreux détails. Par exemple : Il marche d’un pas vif lorsqu’on l’emmène chez Caïphe puis chez Pilate. Après le premier coup de fouet, il se relève pour en recevoir encore plus. Il embrasse la Croix. Il soulève sa croix avec un courage héroïque, lorsqu’il rencontre sa mère. Il rampe vers la Croix pour y être cloué.

 

Cet empressement, cette humilité et cette obéissance sont tout à fait conformes à la Théologie catholique. Luther, lui, voit ainsi la passion et la mort du Christ : Dieu le Père, dans un accès de colère à la vue des péchés des hommes, infligea un châtiment horrible au Christ, Son fils, afin d’assouvir cette colère et son désir de justice.

 

La vision catholique de la Passion est différente : par obéissance à son Père, le Christ accepta volontairement de souffrir la Passion à notre place comme prix à payer pour nos péchés. Dans la théologie catholique, c’est l’acte d’obéissance de Jésus à son égard qui fut si agréable à son Père qu’il produisit un sacrifice de réparation d’une valeur infinie pour tout péché déjà commis où qui le serait plus tard. «  Car, comme à cause de la désobéissance d’un seul homme beaucoup devinrent pécheurs, de même, par l’obéissance d’un seul beaucoup furent justifiés » (Rom. V, 19). Dans la théologie luthérienne, c’est la sauvagerie qui s’est abattue sur Jésus pour satisfaire le Père – qui l’aurait autrement fait retomber sur tous les hommes – qui a accompli la rédemption. Mais dans la théologie catholique, le Christ était une victime consentante qui, par amour pour Son Père, a voulu souffrir le plus possible dans la passion, afin que le Sacrifice soit complet. C’est pour cette raison qu’Il dit : «  Tout est consommé ». Dans la théologie luthérienne le Christ est une victime, au même titre que l’animal qu’on égorge. Cette théologie se reporte dans la vie morale. Dans la spiritualité catholique nous devons porter chaque jour la Croix et accomplir le même acte d’obéissance à Dieu que le Christ et nous devons crucifier en nous le vieil homme, l’homme de péché (Rom. VI, 6).

 

Dans la théologie luthérienne l’acceptation du châtiment par le Christ nous dispense de l’accepter nous-mêmes et nous dispense d’obéir aux commandements. Il nous suffit de croire que le Christ nous a sauvés. Cette théologie va aussi s’appliquer au Culte. Le Culte catholique est le renouvellement de la passion et de la mort du Christ. Il est omniprésent dans l’Église. Le culte luthérien est une simple commémoration du châtiment infligé au Christ il y a 2000 ans, auquel nous devons croire pour pouvoir être sauvé. La théologie de M. Gibson sort tout droit des manuels catholiques d’avant Vatican II.

 

La rencontre avec Notre-Dame est l’un des moments clés du film. Elle est très, très poignante. Pendant cette rencontre Il lui explique le pourquoi de Sa passion. «  En vérité, voici que je renouvelle toutes choses ». Bien que ceci ne soit pas mentionné dans l’Évangile, il est tout à fait vraisemblable que Jésus ait pu dire cela – ou quelque chose d’approchant – à sa Mère.

 

Les nombreuses chutes de Notre-Seigneur sont criantes de vérité et les scènes où Simon de Cyrène aide Jésus à porter Sa Croix et celle où Ste Véronique essuie Sa Sainte Face sont très convaincantes.

 

M. Mel Gibson fait clairement allusion à l’élévation du Saint Sacrement pendant le Saint Sacrifice de la Messe lorsqu’il montre – en flash-back – Notre-Seigneur élevant l’Hostie, au moment précis où le Christ est élevé en Croix. Cet aspect très catholique ne peut se comprendre qu’en référence à la Messe Traditionnelle en latin.

 

Les scènes où l’on voit Jésus cloué à la Croix qui est ensuite plantée au sommet du Calvaire, sont empreintes d’un réalisme puissant qui serre le cœur.

 

Les sept dernières paroles du Sauveur sont bien rendues en particulier lorsque Jésus confie Notre-Dame à St Jean et lorsqu’il s’écrit : «  Eloï, Eloï, lamma sabacthani ? » (Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ?).

 

Les ténèbres et le tremblement de terre sont représentés avec force et vérité.

 

CE QUI N’EST PAS EXACT. Le film comporte quelques inexactitudes qu’il est bon de préciser au spectateur :

 

On voit le diable tenter le Christ pendant l’Agonie au Jardin des Oliviers. Ceci n’est pas dit dans l’Évangile, cependant ce n’est pas impossible.

 

Les inexactitudes les plus criantes se trouvent pendant le flash-back sur la vie de Notre Seigneur à Nazareth. On le voit, jeune homme :

Ne répondant pas à sa mère qui l’appelle

Fabriquant une table de façon défectueuse.

Jetant, par jeu, de l’eau au visage de

Notre-Dame pendant qu’il se lave les mains.

 

Tout cela ne peut pas être vrai. Pourquoi ? Parce que ce sont des péchés ou des imperfections. Notre-Seigneur, qui était à la fois Dieu et homme était incapable du moindre péché, de la moindre imperfection. De plus, Il était si humble et obéissant, qu’Il serait accouru au premier appel de Notre-Dame. Quant au jeu, Notre Seigneur n’était certainement pas austère, mais aimable au contraire, au contraire Il ne faisait rien de stupide ou qui aurait pu déplaire à quiconque le moins du monde.

 

En outre, Notre-Seigneur, dans Sa Sacrée Intelligence humaine jouissait de la vision béatifique. Cette vision continuelle de Dieu devait donner à Son caractère une gravité suprême et même une certaine solennité à ses gestes quotidiens.

 

Cette gravité, cette solennité apparaissent clairement à d’autres moments du film en particulier lorsqu’Il répond à la question de Caïphe : «  Es-tu le Messie, le Fils du Dieu Vivant ? ». Les scènes de Nazareth jurent avec le reste du film et devraient être entièrement supprimées.

 

Ste Marie Madeleine est représentée comme la femme adultère que Notre-Seigneur a sauvé de la lapidation. C’est faux. Elle est celle qui a lavé les pieds de Notre-Seigneur dans la maison du pharisien ; elle était la sœur de Lazare que Notre-Seigneur a ressuscité des morts. Tous les commentaires traditionnels le confirment.

 

Certains sous-titres sont des traductions fausses ou mauvaises. Le Saint-Esprit, le Paraclet, est appelé «  Le Secoureur » / «  L’Aide » / «  Le Soutien » ( ?), ce qui est une bien piètre traduction. Notre-Seigneur dit que le Saint-Esprit «  vient du Père ». C’est gravement inexact. Pour être exact, il aurait fallu dire : «  Il procède du Père ». C’est une distinction très importante. D’autre part, à la question de Pilate : «  Es-tu roi ? » le Christ ne répond pas «  tu l’as dit ». Il répond en hébreu par une expression qui veut dire un «  oui » très emphatique. Il y a d’autres cas où la traduction est – à notre avis – défectueuse. Un bon point cependant : lors de la consécration du vin, les sous-titres ne disent pas «  pour tous », ce qui est moderniste (Novus Ordo) mais «  pour beaucoup », ce qui est la traduction traditionnelle. Enfin, lors de la Cène, le texte aurait dû être  : «  Ceci est le Calice de Mon Sang qui sera versé », et non pas «  Le Sang est donné » ce qui n’est pas exact.

 

OMISSIONS. Il y a malheureusement, et c’est étonnant, quelques omissions :

 

La chute des soldats au Jardin des Oliviers lorsque Notre-Seigneur se fait reconnaître. Ce fait, rapporté dans les Évangiles est une claire indication de la divinité de Notre-Seigneur.

L’ange qui réconforte Notre-Seigneur à Gethsémani.

L’incident du INRI, lorsque Pilate tient tête aux Pharisiens : «  ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ».

La phrase des juifs : «  Que Son sang retombe sur nous et sur nos enfants » (Elle est bien présente dans l’araméen, mais pas dans le sous-titrage).

Les paroles des femmes de Jérusalem qui pleurent sur Jésus : «  Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ; car voici qu’il viendra des jours où l’on dira : Heureuses les stériles et les entrailles qui n’ont pas d’enfants, et les mamelles qui n’ont point allaité, alors ils se mettront à dire aux montagnes : tombez sur nous ; et aux collines : couvrez-nous. Car s’ils traitent ainsi le bois vert, que fera-t-on au bois sec » (Luc XXIII, 27-31). Ceci évoque clairement la destruction de Jérusalem en l’an 70 par les Romains, châtiment de la génération qui a rejeté le vrai Messie.

Le voile du Temple solennellement déchiré. Dans le film la scène est fugitive, elle est la conséquence du Tremblement de terre. Mais en réalité, ce ne fut pas un accident minime, dû au hasard. Ce fut un événement miraculeux. Les commentateurs disent que c’était un drap d’or de 15 cm d’épaisseur : ce dut être spectaculaire.

La déclaration de Longin : “Oui, vraiment, cet homme est le fils de Dieu”. C’est important puisque c’est la conversion du premier Gentil.

 

Le Diable. Le diable apparaît souvent dans le film sous les traits d’une femme qui parle avec une voix d’homme : l’effet est saisissant. Sans aucun doute le Diable était présent lors de la Passion et s’en réjouissait. D’après le film, le diable n’est pas sûr de la divinité du Christ. C’est sans doute vrai puisque l’Incarnation est un mystère surnaturel qui – vraisemblablement – n’a jamais été communiqué au diable. Les Apôtres eux-mêmes ne comprirent pas entièrement le mystère de l’Incarnation avant la Pentecôte.

 

La femme-diable du film est l’antithèse de la Vierge Marie. Au début, pendant l’agonie au Jardin des Oliviers, Notre-Seigneur écrase la tête du serpent, référence très claire à la Genèse (III, 15). Saint Jérôme applique le verset à Notre-Dame, mais d’autres commentateurs traditionnels pensent à bon droit qu’il s’applique à Notre-Seigneur. La traduction de ce verset a fait l’objet de plusieurs controverses au cours des siècles, mais on peut admettre les deux versions sans craindre de pécher contre la Foi.

 

Quoiqu’il en soit, tout au long du film, Notre-Dame est confrontée à cette horrible femme-démon. Cela se voit en particulier lors de la flagellation où la Vierge est en pleurs à la vue de son fils fouetté presqu’à mort, tandis que son contraire démoniaque apparaît, portant son enfant, qui se retourne pour se repaître de la scène insoutenable de la flagellation. L’“enfant” représente probablement l’Antéchrist.

 

Il faut souligner le symbolisme des mouches qui attaquent Judas. Belzébuth – mot juif qui désigne le diable – veut dire “Seigneur des mouches”. A noter également le dessèchement des lèvres de Judas, symbole de la trahison du Christ par un baiser. A la fin, lorsque Notre-Seigneur meurt, accomplissant ainsi la Rédemption des hommes, le diable est précipité dans le royaume de la mort : la femme-démon, entourée de corps en décomposition, hurle de désespoir devant sa défaite.

 

ANTISÉMITISME ? Tout d’abord, précisons le sens de ce terme.

 

Les Sémites sont les descendants de Sem, l’un des fils de Noé. Ce mot désigne non seulement les Juifs mais aussi les Arabes et de nombreux autres peuples de la région. Par conséquent être antisémite signifie que l’on est contre les descendants de la race de Sem en se basant uniquement sur la race. C’est une absurdité. Le Pape Pie XI a dit que, spirituellement, nous sommes tous sémites, puisque, par la foi, nous descendons du père de la foi, c’est-à-dire d’Abraham. Faut-il aussi rappeler que le Dieu que nous adorons est sémite, au même titre que la Sainte Vierge, saint Joseph et les Apôtres ?

 

La seule vraie question qui se pose, par conséquent, est la suivante : le film est-il anti-juif ?

 

Si par anti-juif on entend que le film accuse à tort les Juifs d’une chose qu’ils n’ont pas faite en réalité, alors de toute évidence, la réponse est non, le film n’est pas anti-juif. Si par anti-juif on veut dire que le film dénonce une action mauvaise ou un crime commis par les Juifs à l’époque du Christ, alors, oui, le film est anti-juif.

 

Mais alors, de la même manière, nous devons dire que “Guadacanal Diary” – avec John Wayne – ou “Tora, Tora, Tora” est anti-japonais. “Le jour le plus long” est anti-allemand. “Zoulou”, dans lequel les Noirs se montrent cruels envers les blancs, est anti-Noir-américain. “Khartoum” est anti-soudanais. “A man for all seasons” est anti-protestant. On peut accuser tous les westerns tournés à Hollywood d’être anti-indiens. On peut allonger la liste.

 

Dans “La Passion” les soldats romains se moquent de Notre-Seigneur et le traitent avec cruauté. Allons-nous dire pour autant que le film est anti-romain ?

 

Cette susceptibilité des Juifs et la dramatisation exagérée du tort que pourrait leur faire “La Passion” reflète bien l’attitude arrogante qu’ils ont depuis la IIème Guerre mondiale. Il suffit de coller une contravention à un Juif pour qu’il vous accuse d’être complice de l’élimination des Juifs par les Nazis. Quant à l’anti-judaïsme, il me semble que les Juifs n’ont pas tant à craindre celui qui pourrait venir de “La Passion” que celui qu’ils provoquent eux-mêmes par les ennuis qu’ils n’ont pas cessé de faire à ce film dès qu’il a commencé à prendre forme.

 

Le film est un portrait fidèle de l’histoire ni plus ni moins. En fait, de tous les événements relatés dans le film, la représentation du Sanhédrin et le dialogue de Caïphe et des Princes des prêtres sont ceux qui sont le plus fidèles à l’Évangile. Rien n’est enjolivé. Les Princes des prêtres et les Pharisiens ont comploté la mort de Jésus après qu’Il ait ressuscité Lazare (Jean XI, 53), c’est historique. La scène du jugement est exactement conforme à ce qui est raconté dans les Évangiles.

 

Donc si le film est anti-juif, les Évangiles le sont aussi. Nous voici bien au cœur du problème. Beaucoup de Juifs sont assez francs pour dire ouvertement que les Évangiles sont des documents antisémites, et qu’il faut les corriger. C’est cette attitude blasphématoire de la part de nombreux Juifs qui se cache derrière l’accusation d’antisémitisme faite au film. Ils veulent nous voir édulcorer nos Évangiles. Ils veulent que nous disions qu’ils ne sont pas historiques. Voilà bien l’outrage, le sacrilège. Ce sont eux, les Juifs, qui persécutent l’Église catholique.

 

Les Juifs qui accusent le film de montrer leurs ancêtres sous un jour défavorable connaissent mal leurs propres écritures. L’Ancien Testament est l’histoire de l’infidélité du peuple juif ; il raconte comment les Juifs ont tué les prophètes que Dieu leur a envoyés. Lisez-le, vous verrez : ce n’est pas l’histoire d’un peuple fidèle à la Loi de Moïse. Si – comme ils le disent – le Nouveau Testament est antisémite, l’Ancien l’est encore plus, car c’est, page après page, l’infidélité du peuple juif.

 

Cette tendance générale à l’infidélité à la Loi de Moïse atteint son paroxysme à l’époque du Christ, car alors ce n’est pas seulement un Prophète qu’ils mettent à mort, c’est le Fils de Dieu en personne, le vrai Messie.

 

Mais imaginez ce qui se passerait si les Chrétiens demandaient aux Juifs de caviarder leurs propres écritures ou d’admettre que leur élection en tant que peuple élu n’est que du pipeau.

 

Qui plus est, le Talmud – commentaire juif post-chrétien de la Loi – dit exactement la même chose que le film et le Nouveau Testament sur la participation des Juifs à la mort du Christ et sur leur responsabilité dans ce forfait. David Klinghoffer, journaliste au ‘Jewish Forward’, écrit dans le ‘Los Angeles Times’ du 1er janvier 2004 :

 

“Mais, tout comme les Évangiles chrétiens qui forment la base du scénario de Gibson, la tradition juive elle-même reconnaît que, dans la Palestine du Ier siècle, nos chefs jouèrent un rôle dans l’exécution de Jésus. Si Gibson est antisémite, le Talmud l’est aussi, Maïmonide, le plus grand philosophe juif du dernier millénaire, l’est également.” Il [Klinghoffer] cite le commentaire sur l’attitude du Sanhédrin envers Jésus : “A la veille de la Pâque, ils suspendirent Jésus de Nazareth. Et pendant 40 jours le héraut passa [criant : “Jésus] va être condamné à la lapidation, car il a pratiqué la magie, il a entraîné et fourvoyé Israël’”. Le Talmud – explique-t-il [Klinghoffer toujours] – date d’environ 500 ans après J. -C. Il cite aussi la Mishnah “travail rabbinique sur lequel est basé le Talmud et compilé vers l’an 200”. Klinghoffer nous donne la clé de ce passage. “Rabbi Eliezer explique que quiconque était lapidé jusqu’à ce que mort s’ensuive devait être ensuite suspendu par les mains à deux pièces de bois en forme de T – autrement dit, une croix (Sanhédrin 6 ; 4). Il cite en outre Moïse Maïmonide qui écrit dans l’Égypte du XIIème siècle : “Jésus de Nazareth qui se prenait pour le Messie, mais fut mis à mort par la cour”.

 

Il est vrai que la race humaine tout entière est responsable de la mort du Christ, à cause du péché, mais la race juive a une responsabilité particulière parce qu’elle avait reçu une vocation spéciale de Dieu. Leur seule raison d’être, en tant que peuple, c’était d’accepter le Christ et de L’annoncer au reste du monde. En Le rejetant et en Le crucifiant ils ont perverti et anéanti leur raison d’exister en tant que religion et, à partir de là, en tant que race séparée. Car par la race, ils sont sémites et – quant à la race – ils ne diffèrent des autres sémites que par le seul fait qu’Abraham a été séparé des autres pour des raisons de religion.

 

Quant au Christ, soit Il était le vrai Messie, soit il ne l’était pas. S’Il l’était, les Juifs de son époque sont bien évidemment coupables de Christicide et de déicide. Bien plus, s’Il était le vrai Messie, le Judaïsme a cessé d’être la vraie religion. Mais s’Il ne l’était pas les Juifs étaient alors obligés de Le mettre à mort de par la Loi de Moïse (Deutéronome) en tant que blasphémateur. Dans ce cas, les Juifs d’aujourd’hui ne peuvent pas réfuter la peine de mort à laquelle Caïphe L’a condamné, puisqu’elle était conforme à la Loi. Donc, s’ils sont toujours juifs, ils sont implicitement d’accord avec Sa mort, au moins par consentement.

 

Professer le Judaïsme, c’est dire que le Christ n’est pas le vrai Messie. Dire que le Christ n’est pas le vrai Messie, c’est réclamer Sa mort en tant que blasphémateur, comme le veut la Loi de Moïse.

 

Donc, le Juif d’aujourd’hui, en continuant d’être juif et en attendant par conséquent la venue d’un futur Messie, consent à la mort du Christ en tant que blasphémateur et faux messie. Ils ne peuvent pas nier leur culpabilité par consentement sans renier le Deutéronome. Et s’ils renient le Deutéronome, ils renient leur Judaïsme.

 

Mais les Juifs d’aujourd’hui veulent jouer sur les deux tableaux. Ils veulent être le peuple choisi et appelé par Dieu par une vocation particulière et en même temps être lavés d’une condamnation à mort qu’ils n’ont pas prononcée eux-mêmes, mais que leur propre Loi les oblige à accepter.

 

Bien plus, quoique les Juifs soient prompts à se laver eux-mêmes des fautes de leurs pères, ils chargent d’un lourd fardeau de culpabilité et de réparation financière les Allemands d’aujourd’hui qui n’ont rien eu à voir avec l’extermination nazie et qui ne l’acceptent pas.

 

J’espère sincèrement que ce film contribuera en fin de compte à la conversion des Juifs à la Foi véritable – conversion que saint Paul a expressément annoncée (Romains XI) – et je prie à cette intention. Lorsque ce grand événement se produira, la combinaison de leur intelligence et de leur courage au pouvoir et à l’influence immenses qu’ils exercent aujourd’hui, remettra en ordre un monde qui se meurt aujourd’hui dans un océan d’infidélité et d’immoralité. Puissent-ils, en voyant ce film, en revivant leur propre rejet du Messie – leur Messie – en touchant du doigt, d’une certaine façon la divinité de Celui que leur ancêtre ont crucifié, puissent-ils méditer sur ce qui fut leur sort depuis 2000 ans et, par la grâce de Dieu, répondre à la vocation sacrée d’Abraham. Comme pour saint Paul, le feu de la fidélité des Juifs surpassera par le bien qu’ils feront le mal qu’ils ont fait lorsqu’ils étaient infidèles. La conversion de son propre peuple serait la plus grande des consolations pour Jésus crucifié.

 

CONCLUSION. Malgré les quelques inexactitudes et omissions, le film retrace d’une façon magnifique la Passion du Christ. Il en fait un récit authentique, de premier ordre, profondément émouvant. Je le recommande à tous. Voyez-le non pas une fois, mais de nombreuses fois.

 

Bien que je pense que M. Gibson doive publiquement renier de nombreux mauvais film faits auparavant, il nous a rendu un grand service en portant à l’écran la passion et la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il mérite d’être remercié pour cette noble et courageuse entreprise et surtout pour l’avoir menée à bonne fin malgré les protestations du Sanhédrin moderne.

 

“La Passion” conforme aux Saintes Écritures.

Le film controversé de Gibson concorde étroitement avec les anciens écrits juifs.

Par David Klinghoffer

«  1er janvier 2004 ; Los Angeles Times

 

Le prochain film de Mel Gibson sur la mort de Jésus, “La Passion”, a suscité un moment de colère de la part des critiques juifs qui accusent l’auteur d’antisémitisme. C’est une controverse qui n’a pas fini d’affecter les relations entre Chrétiens et Juifs à moins que ne soit trouvé quelque moyen d’apaisement. Il en est un possible : il consiste en un regard honnête sur la façon dont les anciennes sources juives dépeignent la Crucifixion.

 

D’après ceux qui l’ont vu en avant-première, le film de Gibson montre le Christ recevant la mort de la main des Romains mais ce à l’instigation des chefs juifs, les prêtres du Temple de Jérusalem. La Ligue Anti-Diffamation accuse ce passage d’exciter imprudemment la haine anti-juive et demande que le film soit réalisé de façon à éliminer toute suggestion de déicide juif.

 

Mais, tout comme les Évangiles chrétiens qui forment la base du scénario de Gibson, la tradition juive elle-même reconnaît que, dans la Palestine du Ier siècle, nos chefs jouèrent un rôle dans l’exécution de Jésus. Si Gibson est antisémite, le Talmud l’est aussi, Maïmonide, le plus grand philosophe juif du dernier millénaire, l’est également.

 

Nous n’aurons jamais toutes les certitudes sur ce qui se passa dans la Palestine romaine vers les années 30, mais nous savons ce que dirent de l’exécution de Jésus les Juifs qui vécurent immédiatement après.

 

Le Talmud fut compilé aux environs de l’an 500, à partir du matériel rabbinique transmis oralement au cours des siècles. Au XVIème siècle, le texte fut censuré ; des passages concernant Jésus et son exécution furent effacés pour échapper à la colère des chrétiens. Mais le texte intégral fut conservé dans des manuscrits plus anciens, et aujourd’hui on peut trouver les parties censurées en petits caractères, en appendice à la fin de certaines éditions du Talmud.

 

Un exemple frappant nous est donné dans le Talmud, par la partie concernant les procédures de la Haute Cour juive connue sous le nom de Sanhédrin : “A la veille de la Pâque, ils suspendirent Jésus de Nazareth. Et pendant 40 jours le héraut passa [criant : “Jésus] va être condamné à la lapidation, car il a pratiqué la magie, il a leurré et fourvoyé Israël. Quiconque a quelque chose à dire en sa faveur, qu’on le laisse venir et parler’. Et personne ne trouva rien en sa faveur”.

 

Le passage indique que le sort de Jésus était entièrement entre les mains de la Cour des Juifs. Les deux derniers des trois points figurant sur la liste d’accusations contre Jésus, c’est-à-dire qu’ “il a leurré et fourvoyé” ses frères juifs, sont des termes de la loi biblique juive pour un individu qui a incité les autres à servir de faux dieux, crime puni de lapidation suivie de la mise en croix. Dans la Mishnah, travail rabbinique sur lequel est basé le Talmud et compilé vers l’an 200, Rabbi Eliezer explique que quiconque était lapidé jusqu’à ce que mort s’ensuive devait être ensuite suspendu par les mains sur deux pièces de bois en forme de T – autrement dit, une croix (Sanhédrin 6 ; 4).

 

Ces textes transmettent des croyances religieuses, pas nécessairement des faits historiques. Ailleurs le Talmud est en accord avec l’Évangile de Jean sur le fait qu’à l’époque de la Crucifixion, les Juifs n’avaient pas le pouvoir de mettre à exécution la peine de mort. Il y a aussi des passages du Talmud qui situent 100 ans avant ou après l’époque réelle la vie de Jésus. Certains apologistes juifs affirment qu’en conséquence ces passages doivent concerner un Jésus de Nazareth différent. Mais ce n’est pas ainsi que les interprètes rabbiniques les plus autorisés, philosophes du Moyen-Age tels que Nachmanides, Rashi, et les Tosaphistes, voient la question.

 

Maïmonide, qui écrit dans l’Égypte du XIIème siècle, dit clairement que le Jésus du Talmud est celui qui fonda la Chrétienté. Dans cette vaste somme des croyances et des lois juives, la Mishnah Torah, il parle de ce “Jésus de Nazareth qui s’imaginait être le Messie, mais fut mis à mort par la cour”. Dans son “Épître à Yemen”, Maïmonide affirme que “Jésus de Nazareth… interprétait la Torah et ses préceptes d’une façon revenant à les annuler totalement. Les philosophes, de glorieuse mémoire, s’étant rendus compte de ses plans avant que sa réputation ne se soit répandue dans notre peuple, lui infligèrent un châtiment approprié.”

 

Il n’est pas loyal de la part des critiques juives de diffamer Gibson parce qu’il dit ce que le Talmud et Maïmonide disent, et que disent aussi de nombreux historiens. Étrangement, l’un des érudits à avoir le plus vigoureusement dénoncé Gibson – Paula Fredriksen, professeur des études religieuses à l’Université de Boston – est l’auteur d’un livre de recherche méticuleux : “Jésus de Nazareth”, qui semble indiquer que ce furent les Princes des prêtres qui dénoncèrent Jésus aux autorités romaines.

 

Eut-il mieux valu que Gibson n’entreprenne jamais de réaliser ce film exactement de cette façon ? Peut-être, mais essayer par intimidation de le pousser à un refonte fondamentale n’a jamais été un objectif réaliste et louable. La meilleure chose à faire désormais est de reconnaître que, outre les Évangiles, d’autre sources confirment l’implication des chefs juifs dans la mort de Jésus, et de détendre l’atmosphère de colère. Etant donné que le portrait de Gibson est étroitement conforme à la croyance juive traditionnelle, il semble que la chose la plus décente et la meilleure à faire pour les Juifs est de le laisser en paix.

 

David Klinghoffer est chroniqueur pour le Jewish Forward et auteur de “La Découverte de Dieu ; Abraham et la Naissance du Monothéisme” (Doubleday, 2003) et, prochainement, de “Pourquoi les Juifs ont rejeté le Christ : A la recherche du point décisif dans l’Histoire de l’Occident”.

 

Tract : Le film de Mel Gibson et la divinité de Jésus

Vous avez vu ou vous allez voir le film de Mel Gibson, “La Passion du Christ”, qui a fait revivre - avec une grande fidélité au texte de l’Évangile - le Sacrifice de la Croix renouvelé chaque jour sur les autels.

 

Depuis des années nous sont servis des films obscènes et blasphématoires sur le Christ et la Religion Catholique, sans susciter aucune réaction. Un film chrétien sur le Christ, par contre, a déchaîné des attaques virulentes qui ont menacé la carrière même de Gibson, la production et la distribution du film, deux ans déjà avant sa projection sur les écrans, que l’on espérait empêcher. Pourquoi un film qui raconte l’amour de Dieu pour nous a-t-il suscité tant d’aversion ?

 

“Les Évangiles ne sont pas des documents historiques” (Leon Wieseltier)

 

Le film de Gibson a été taxé d’antijudaïsme par l’Anti-Defamation League du B’naï B’rith (qui accuse Gibson de renier “l’encyclique - sic - Nostra ætate et la doctrine papale des dernières décennies), par le rabbin Hier du Simon Wiesenthal Center (qui accuse Gibson de “répudier le Concile Vatican II”), par Leon Wieseltier, - “philosophe du judaïsme contemporain et membre du comité pour la libération de l’Irak” - par les colonnes du “New Republic” (“On objectera que dans le film… je ne vois qu’une pieuse pornographie parce que je ne suis pas chrétien. C’est sûrement cela. … D’un point de vue historiographique il n’existe aucune ‘vérité’ des Évangiles”). Et il est certes paradoxal que des non chrétiens se définissent paladins d’un Concile et de la “doctrine papale des dernières décennies” et oublient par contre leur propre doctrine religieuse - du Talmud à Moïse Maïmonide - selon laquelle le Christ méritait la mort ; c’est ce que rappelle aux critiques de “La Passion” leur coreligionnaire David Klinghoffer dans les colonnes du Los Angeles Times (1/1/04).

 

Pourquoi Jésus-Christ est-il mort ?

 

Jésus est mort pour pardonner nos péchés. Mais ceux qui ont voulu le tuer l’ont fait parce qu’il s’était dit Dieu :

 

“Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi et, d’après la loi, il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu” (Évangile selon Jean XIX, 7)

 

Aujourd’hui encore : si Jésus est le Fils de Dieu, il doit être adoré et aimé par nous tous : il est notre Sauveur. Si Jésus n’était pas le Fils de Dieu, alors, conformément à la loi de Moïse il devrait mourir, car, ainsi qu’ils l’accusèrent, “n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu” (Jean X, 33) : “il a blasphémé” et il “mérite la mort” (Évangile selon Matthieu XXVI, 65-66). “Je ne crois pas que Jésus soit mon Sauveur, pas plus qu’aucun autre” (L. Wieseltier).

 

La divinité du Christ : voilà le cœur de l’affrontement ravivé par Mel Gibson !

 

“Et vous, qui dites-vous que je suis ?” (Matth. XVI, 15-16)

 

Avec Saint Pierre, répondons : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” ! Et pour vous, qui est Jésus ?

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