Spiritualité

 Par Monsieur l'Abbé Curzio Nitoglia

Note : Cet article a été publié dans la revue Sodalitium n°53

La grâce sanctifiante, les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit

Saint Thomas enseigne que là où il y a la contingence (c’est-à-dire ce qui n’est pas nécessaire) il y a l’incertitude ; par exemple il n’est pas nécessaire qu’il pleuve, par conséquent je ne suis pas certain qu’il pleuvra ou non (1).

 

Le rapport entre créatures (ou moyens) et Créateur (ou fin), n’est pas déterminé ou rendu nécessaire, mais varie selon la diversité des personnes, des choses et des circonstances ; tout le monde veut le bonheur dans l’abstrait, mais quand il s’agit de spécifier concrètement dans quel objet réside le bonheur on a plusieurs réponses différentes ; en outre quand il faut choisir les moyens pour y arriver, la diversité des goûts est encore plus grande ; c’est pourquoi l’homme, qui est libre, doit chercher, réfléchir et demander conseil pour trouver les meilleurs moyens qui le conduisent à sa fin ultime.

 

C’est ici qu’entre en jeu la liberté. Tout dépend du conseil et du choix, ce sont eux qui rendent l’homme maître et responsable de ses actes.

 

« Dieu au commencement créa l’homme - dit la Sainte Écriture - et le laissa dans la main de son conseil » (2).

 

Or le terme du conseil est l’action à faire sur le moment et il est réglé par la prudence, qui est la vertu qui nous fait choisir les meilleurs moyens pour atteindre la fin (3).

 

La prudence :

1°) évalue les moyens pour atteindre la fin (conseil ou interrogation, je m’interroge : si je veux la fin quels sont les meilleurs moyens à choisir ? la pauvreté, l’obéissance et la chasteté parfaite sont-ils bons pour moi ici et maintenant ?) ;

2°) juge les moyens examinés par le conseil (jugement: oui, je veux ce moyen ici et maintenant - par exemple la chasteté, pauvreté et obéissance - pour atteindre la fin) ;

3°) enfin ordonne l’exécution du conseil et du jugement pour l’action concrète (précepte ou electio, ordonne et choisit l’exécution de prendre ce moyen - entrer en religion - pour obtenir la fin).

 

La prudence est le fruit d’exercice et d’expériences positives et négatives. La vraie prudence rend l’homme habile à résoudre le problème de sa vie, en choisissant les meilleurs moyens pour obtenir la fin ultime (cf. le Principe et fondement des Exercices Spirituels de Saint Ignace).

 

St Paul écrit « vouloir le bien est à ma portée ; le faire non » (4). L’homme blessé par le péché originel a besoin du remède de la grâce, avec laquelle il peut vaincre le mal et faire le bien. La grâce de Dieu sanctifie l’essence de l’âme et est suivie par les vertus et par les dons du Saint-Esprit, qui nous rendent capables d’agir surnaturellement.

 

La vertu de prudence infuse corrobore la raison humaine, afin qu’elle choisisse, libérée des passions, les moyens pour atteindre la fin ; mais la vertu même si elle est infuse est surnaturelle quant à sa nature, est humaine quant au mode d’agir. Par exemple : c’est moi qui réfléchis avec la raison, éclairée par la foi, quels peuvent être les moyens à prendre ici et maintenant. Tandis que les dons du Saint-Esprit, sont surnaturels également quant au mode d’agir, c’est-à-dire aident et perfectionnent les vertus de façon à ce qu’elles puissent être vécues de manière héroïque, surhumaine et “divine”. Le don rend l’âme docile au souffle ou à l’impulsion du Saint-Esprit et la rend son libre instrument, comme une barque qui accueille le souffle du vent avec ses voiles bien déployées. Alors le choix des moyens est fait avec facilité et sécurité : c’est presque le Saint-Esprit qui le fait faire.

Marie et les dons du Saint-Esprit en général

Marie est véritablement “Mère de Dieu”, de Jésus, qui s’est incarné, par l’opération du Saint-Esprit, dans son sein virginal. Elle a donc une dignité presque infinie (5). De plus, Elle est corédemptrice, subordonnée au Christ et dispensatrice de toute grâce.

 

Aujourd’hui il y a non seulement une grande corruption morale, mais - comme disait Pie XII - “on a perdu le sens du péché, du bien et du mal”. Il y a une grande confusion des idées, on a perdu la notion de vérité, on justifie et même on exalte le mal moral et on dénigre le bien. Il faut donc surtout assainir l’intelligence humaine et ensuite fortifier la volonté. Le choix des meilleurs moyens est devenu très difficile et sans l’aide de la grâce divine l’homme est ballotté par le scepticisme intellectuel et par les passions morales.

Nécessité de la dévotion à Marie et au Saint-Esprit

Léon XIII a écrit une encyclique sur le Saint-Esprit dans laquelle il enseigne que : « l’Esprit-Saint devait terminer l’ouvrage [de la Rédemption] accompli par le Fils durant sa vie mortelle. C’est, en effet, à la vertu multiple de cet Esprit… que l’achèvement de l’œuvre rédemptrice était providentiellement réservée » (6). En résumé, la dévotion au Paraclet est nécessaire pour se sauver puisqu’Il accomplit ce que Jésus a commencé ; par conséquent sans dévotion à l’Esprit Divin notre sanctification et notre salut serait inachevée et imparfaite ou insuffisante.

 

Le théologien dominicain Antonio Royo Marin écrit : « Les dons du Saint-Esprit sont nécessaires à la perfection des vertus infuses. Ils sont nécessaires pour le salut éternel. (…) Le Docteur angélique dans la Somme Théologique (I-II, 68, 2) se pose la question si les dons sont nécessaires pour le salut de l’homme et répond que oui. Pour le prouver il se réfère à l’imperfection avec laquelle nous possédons et vivons les vertus infuses, selon un mode humain... donc aucun homme ne peut parvenir à l’héritage du Ciel s’il n’est pas mû et conduit par le Saint-Esprit » (7).

 

Concernant Marie, Saint Louis Grignion de Montfort écrit : « Le Saint-Esprit, avec Elle... a produit son chef-d’œuvre, qui est un Dieu fait homme, et c’est avec Elle qu’il produit tous les jours jusqu’à la fin du monde les prédestinés et les membres du corps de ce Chef adorable: c’est pourquoi plus l’Esprit trouve Marie... dans une âme, et plus il devient opérant pour produire Jésus-Christ en cette âme » (8). Le Saint poursuit : « Dieu le Saint-Esprit veut se former en Elle et par Elle des élus et il Lui dit: “Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire”. Jetez, ma bien-aimée et mon Épouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu’ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce... Quand Marie a jeté ses racines dans une âme, elle y produit des merveilles de grâce, qu’elle seule peut produire parce qu’elle est seule la Vierge féconde qui n’a jamais eu ni n’aura jamais sa semblable en pureté et fécondité. Marie a produit, avec le Saint-Esprit la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et Elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps. La formation et l’éducation des grands Saints... Quand le Saint-Esprit, son Époux, l’a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu’elle donne place à son Épouse » (9).

 

En résumé c’est la volonté de Dieu qui nous sanctifie. Pour se sanctifier il faut pratiquer les vertus avec l’aide de la grâce de Dieu. Pour trouver la grâce il faut trouver Marie, parce qu’elle seule a trouvé grâce auprès de Dieu, pour Elle et pour tous les hommes. Elle est la Mater Dei et Mater gratiæ : Dieu le Père donnant Dieu le Fils à Marie lui a donné toute grâce et l’a constituée trésorière et dispensatrice universelle de toutes les grâces. Comme dans l’ordre de la nature un nouveau-né doit avoir un père et une mère, il en est de même dans l’ordre de la grâce : le justifié doit avoir Dieu pour père et Marie pour mère spirituelle. Marie a formé le Chef du Corps Mystique et forme aussi ses membres. En outre le Saint-Esprit qui l’a choisie comme son épouse a formé en elle son chef-d’œuvre, Jésus, et continue à produire tous les jours en Elle et par son intermédiaire les prédestinés; ceux-ci reçoivent de Marie toute leur force, les bons conseils et tout aliment spirituel. Comme Jésus est venu à nous en passant par Marie, ainsi nous devons passer par Marie pour aller à Jésus (ad Jesum per Mariam) (10).

 

Il n’est donc pas possible de se sauver sans une vraie dévotion à Marie et au Saint-Esprit.

Actualité de la dévotion à la Mater Boni Consilii

Telle est l’actualité et la nécessité de la dévotion à Notre-Dame du Bon Conseil, qui est notre “directeur spirituel” et qui nous obtient et nous dispense la lumière pour bien choisir et la force pour mettre en pratique le choix. Elle est “l’aqueduc du Saint-Esprit” (Saint Bernard) et le “cou du Corps Mystique” (l’Église) dont Jésus est la tête et l’Esprit Paraclet l’âme.

Le don de la force et du conseil

Parmi les sept dons, aujourd’hui, le plus nécessaire (non le plus noble) me paraît être celui de la force, intimement lié à celui du conseil, en effet il nous donne la force pour nous faire accomplir ce que l’intelligence a connu grâce au conseil.

 

Il fortifie l’âme afin qu’elle pratique les vertus de manière héroïque, avec la confiance inébranlable de surmonter obstacle et danger. « Le don de la force est absolument nécessaire pour la perfection des vertus infuses et parfois pour la simple permanence dans l’état de grâce... C’est le propre du don de force d’éliminer tout motif de crainte dans l’âme, en la soumettant à la motion directe du Paraclet... qui lui donne une confiance et une sécurité inébranlables » (11).

 

Selon Saint Grégoire le Grand au don de force s’oppose la crainte excessive ou timidité, accompagnée d’une certaine faiblesse naturelle, qui naît de l’amour de la vie commode et nous empêche d’entreprendre de grandes choses pour la gloire de Dieu alors qu’elle nous pousse à fuir la douleur et l’abjection (12).

 

Le Père Louis Lallemant S.J. écrit : « Mille peurs nous empêchent de progresser dans la voie du Seigneur, ce qui n’arriverait pas si nous nous laissions guider par le don du conseil et si nous avions le courage qui nous est donné par le don de force; mais nous nous laissons vaincre par les visées humaines et alors tout nous fait peur... Il ne faudrait craindre que le péché, affronter tout danger et désirer les affronts et les persécutions » (13).

 

La Sainte Vierge elle-même « eut besoin du don de force, dans les heures où le glaive... s’enfonçait si douloureusement dans son âme... jusqu’à la mort mystique du Calvaire, où en s’immolant avec le Christ elle devint la Reine des martyrs... Aujourd’hui encore Marie... est lacéleste guerrière [la foi sans les armes est morte, n.d.a.] qui marche en tête des armées du royaume de Dieu. Combien de fois la trouvons-nous présente aux heures les plus sombres de l’histoire de l’Église... La victoire de Lépante se renouvelle continuellement parmi nous » (14). En outre « la Sainte Vierge... par le pouvoir mystérieux auquel le Saint-Esprit la fait participer... véhicule en nous la lumière et la force de Dieu, et illumine notre esprit, anime notre volonté, allume notre cœur, soutient nos forces » (15).

 

D’après Saint Grégoire le Grand l’esprit de force nous fait vaincre la pusillanimité, c’est-à-dire la mollesse et l’abattement devant une obligation qui nous coûte quelque peu ; la torpeur qui omet le devoir ou le fait mal ; la divagation de l’esprit qui se distrait facilement dans l’étude et la prière ; l’instabilité du cœur qui nous rend semblables à des banderoles exposées au vent ; la malice ou méchanceté de la volonté qui peut nous porter jusqu’à la rancœur qui nous fait perdre l’état de grâce sanctifiante.

 

Le don du conseil - selon Jean de Saint Thomas O.P. - vient du grand abîme de la Divinité, comme la pluie vient des nuages qui eux-mêmes viennent de l’océan, ainsi le don du conseil vient de l’océan infini qu’est le Saint-Esprit ou abîme de la Déité. De cet abîme océanique (Esprit Paraclet) vient la nuée (Marie du bon conseil) qui nous donne les pluies spirituelles (Jésus et la grâce sanctifiante) lesquelles fécondent les âmes, si les conseils nés de Dieu Esprit-Saint (océan) produisent et débordent en affection et amour envers Dieu et la fin ultime (16).

 

Le grand théologien dominicain continue : qui entend et répond et met en pratique le conseil (nuées ou Marie) est inondé par la pluie bénéfique (Jésus ou grâce habituelle) dans son cœur et cette pluie retourne à l’océan infini qui est Dieu vu face à face dans la vision béatifique. En effet l’homme qui vit droitement en écoutant les conseils de Dieu et de sa très Sainte Mère Marie et qui essaye de se conformer uniquement à la volonté divine et aux desseins du Très Haut, même au prix de grands sacrifices (Job, Jonas, Jésus), celui-ci a pour guide Dieu Esprit Saint et sa très chaste épouse Marie et peut dire : “consilium meum sententiæ tuæ Domine et Domina”.

 

Tous les élus ont le don du conseil à un degré développé, en effet qui n’écoute pas les conseils de Marie ne peut entrer au Ciel, comme Esaü qui méprisait les conseils de Rebecca, figure de Marie, ou Judas qui méprisait ceux de Marie elle-même.

 

Le conseil est un avis qui nous est donné par quelqu’un, en effet souvent nous ne sommes pas capables de décider nous-mêmes, mais nous devons demander conseil. « D’un bon conseil peut dépendre la fortune, l’honneur, la vie même. Que de mécomptes, de regrets, de larmes il peut épargner ! Or, dans l’affaire la seule importante, la seule qui entraîne des conséquences éternelles, l’affaire du salut, le Saint-Esprit lui-même veut bien être notre conseiller : il le devient avec la Mère du bon conseil, sa très chaste épouse, par le don du conseil » (17).

 

Le grand ennemi de ce don est l’avarice, qui nous maintient attachés à cette terre “comme des crapauds” (Saint Louis Grignion de Montfort), alors que le conseil de Dieu nous fait choisir les moyens les meilleurs pour atteindre le Ciel (Saint Benoît Cottolengo disait “vilaine terre, beau Paradis”). Il nous détache de nous-mêmes et de toutes les créatures et nous rend désintéressés. L’avarice au contraire produit la « dureté du cœur ou insensibilité face aux besoins du prochain en difficulté ; la fourberie ou fausseté qui procèdent à force de tromperies, de mensonges, pour obtenir les biens de ce monde ; la fraude qui est la conséquence pratique de la fourberie et passe des paroles aux actes ; la violence qu’il faut parfois employer pour obtenir ce qui ne nous appartient pas et que nous désirons immodérément; enfin la perfidie ou trahison, en effet l’avare est capable de trahir y compris son père et sa mère pour les biens et les richesses de ce monde » (18).

 

Le conseil des conseils est bonum faciendum, malum vitandum. Que la très Sainte Vierge Marie, mère du bon conseil, de la divine grâce et de la force du Très Haut, nous donne aussi la force de le mettre en pratique.

Marie et notre sanctification

Si l’âme correspond aux grâces actuelles que Dieu lui prodigue – par l’intermédiaire de Marie – et qu’elle vive héroïquement les vertus chrétiennes – grâce aux dons du Saint-Esprit - alors elle produit des actes de vertu qui peuvent être comparés aux fruits savoureux d’un arbre et remplissent le cœur d’une douce et suave joie spirituelle : les Fruits du Saint-Esprit (19). Ils se distinguent des vertus et des dons (comme l’effet de la cause), comme l’acte de la puissance. Les vertus et les dons sont des puissances surnaturelles qui nous donnent la capacité d’agir de manière méritoire en ce qui concerne la vie éternelle; alors que les fruits sont des actes de vertus, héroïquement vécues – grâce aux dons – totalement opposés aux œuvres de la chair et qui sont accompagnés d’une certaine suavité spirituellement savoureuse. Les fruits se développent en cultivant les vertus et les dons, et ils sont le prélude des Béatitudes (20) qui sont plus parfaites que les fruits. On peut les définir comme des actes plus parfaits que ceux des vertus infuses unies aux dons, ou comme des fruits bien mûrs, qui représentent le point culminant et le couronnement définitif, sur cette terre, de toute la vie chrétienne.

 

a) Fruits du Saint-Esprit :

1) Charité : c’est l’habitation de la Sainte Trinité dans nos cœurs. “La charité a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui habite en nous” (Saint Paul).

2) Joie : c’est l’état agréable de l’âme puisque Dieu est présent en elle, l’esprit de l’homme éprouve un certain plaisir spirituel et même sensible de la présence de Dieu en lui.

3) Paix : puisque Dieu est présent dans l’âme, elle est unie et soumise à Dieu et le corps est docilement soumis à l’âme; la conséquence est la paix entre l’âme et Dieu, et entre le corps et l’âme et la “paix est tranquillité de l’ordre” (Saint Augustin).

4) Patience : elle nous fait supporter avec un courage tranquille et sans trouble les souffrances physiques et morales de cette vie.

5) Bénignité ou clémence : elle nous porte à adoucir les châtiments que nous devons imposer aux autres, pour ne pas faire de mal et contrister de manière excessive le prochain et ne pas faire de torts et d’injustices aux autres.

6) Bonté : elle nous pousse à faire le bien aux autres.

7) Longanimité : c’est la patience et la tolérance qui sait attendre le retour du pécheur, de celui qui nous a offensés ou trahis, les personnes et les événements ennuyeux et la fin de cet exil, in hac lacrimarum valle, pour aller dans la Patrie.

8) Douceur : elle modère la colère, sans la détruire, puisqu’il existe une sainte colère (Jésus qui chasse les marchands du Temple).

9) Foi : croire à Dieu et lui être fidèles pour toute notre vie.

10) Modestie ou pudeur : elle modère tous les actes périphériques au plaisir vénérien, toute passion sensuelle du toucher et du goût.

11) Continence : elle modère, freine et contient ou régule les désirs et les pensées sensuelles.

12) Chasteté : elle modère et régule l’acte sexuel en lui-même, qui n’est permis que dans le mariage en vue de la procréation.

 

b) Les Béatitudes :

1) Bienheureux les pauvres en esprit : ceux qui savent qu’ils ont besoin de la grâce spirituelle de Dieu et la demandent comme de pauvres mendiants, sont heureux ou bienheureux (ont un avant-goût du Ciel) puisque “Dieu donne sa grâce aux humbles et la refuse aux superbes” et donc “le Royaume des Cieux est à eux”.

2) Les doux : ceux qui savent accepter les mépris, sans perdre la paix et le contrôle d’eux-mêmes, puisqu’ils savent qu’ils ne sont rien ; ils vivront toujours tranquilles et sereins ; “ils posséderont la terre” dans une sainte paix sans troubles excessifs.

3) Ceux qui pleurent : les péchés du monde, les leurs et qui désirent quitter cette terre pour être avec Jésus-Christ, “seront consolés” par Dieu.

4) Ceux qui ont faim et soif de justice : qui désirent ardemment la sainteté, “seront rassasiés” par Dieu et deviendront des saints du paradis.

5) Les miséricordieux : “ils obtiendront miséricorde” de Dieu et étant nous-mêmes de misérables hommes fils d’Adam nous avons tous besoin de la miséricorde divine. “Comme vous jugerez les autres, ainsi vous serez jugés par Dieu”.

6) Ceux qui ont le cœur pur : la chasteté extérieure et intérieure et la droite intention de plaire uniquement à Dieu nous rendent aptes à le voir un jour face à face au Paradis et dans le clair-obscur de la foi, ici sur terre, illuminée par les dons spéculatifs du Saint-Esprit qui nous font contempler c’est-à-dire “voir avec amour Dieu”, bien que n’ayant pas la vision béatifique mais seulement une anticipation.

7) Les pacifiques : qui ne sont pas les pacifistes, mais demeurent en paix avec Dieu au moyen de la grâce sanctifiante, (“seront appelés fils de Dieu”) avec eux-mêmes (pleine soumission du corps à l’âme) et avec le prochain, dans la mesure où cela dépend d’eux et qui jouissent d’une tranquillité inaltérable.

8) Les persécutés à cause de la justice : “Qui veut vivre pleinement en Jésus-Christ souffrira persécution” (Saint Paul). Le juste, c’est-à-dire le saint, imite Jésus-Christ qui nous a dit: “Ce qu’ils ont fait à Moi ils le feront aussi à vous”. C’est pourquoi être persécutés comme le fut Jésus, parce qu’il était un juste, est un motif de grande joie et bonheur : “réjouissez-vous et exultez” puisque “votre récompense sera grande dans le Royaume des Cieux”.

Conséquence spirituelle

La “vie de la grâce ou des vertus et des dons” (Saint Thomas), si nous savons la cultiver sous la protection de Marie du bon conseil, nous fait arriver, par les fruits de l’Esprit Paraclet et les Béatitudes évangéliques, à la voie unitive; en commençant par :

- l’ascétique (1ère voie purgative des commençants) qui nous sépare du péché et de l’esprit mondain et est caractérisée par l’exercice desvertus initiales vécues de manière humaine, et par la méditation discursive qui devient peu à peu affective jusqu’à arriver au recueillement infus ; pour aboutir ensuite au

- seuil de la mystique initiale ou imparfaite (2ème voie illuminative de l’intelligence, c’est la vie des progressants) qui est caractérisée par l’imitation des vertus chrétiennes vécues solidement ou de manière héroïque initiale grâce à la réalisation habituelle des quatre dons pratiques du Saint-Esprit (crainte de Dieu, piété, conseil, force) et de la contemplation infuse initiale, jusqu’à arriver à la

- mystique fondamentalement parfaite ou accomplie (3ème voie unitive de la volonté humaine à la volonté divine, c’est la vie des parfaits) qui est caractérisée par la contemplation infuse profonde ou parfaite et par la réalisation des trois dons spéculatifs de l’Esprit Saint (science, intelligence et sagesse) qui nous fait parvenir à l’héroïsme parfait des vertus et à l’union transformante ou mariage spirituel.

Conclusion

Nous devons croire aux promesses du Christ de nous envoyer l’Esprit de force qui animera les chrétiens, “tous les jours jusqu’à la fin du monde”. La “victoire qui vainc le monde est notre foi”. Pour pouvoir remporter le triomphe contre les forces du mal, aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de Marie et de son divin Époux, l’Esprit de force, qui nous permet d’affronter les assauts du mal avec vigueur et équilibre et qui donne du nerf à toute la vie morale. Il serait inutile d’avoir de grandes pensées, de connaître la voie de l’esprit, si ensuite nous manquait la force de volonté qui passe résolument et hardiment à l’action... tout requiert la force sans laquelle on ne peut accomplir les grandes œuvres requises par la vocation chrétienne.

 

Enfin si la droite conscience ou le bon conseil font défaut, c’est la solidité même de la personnalité qui s’effondre. La personne, si elle ne se laisse pas guider par la droite raison, est faible et défaille rapidement, alors il faut que la raison étende sa domination dans tous les domaines de la vie, domine les passions, réprime les instincts, guide dans les décisions, discipline l’action, proportionne

les moyens à la fin: on a alors un homme pour de bon, capable de parcourir les chemins de la vie, bien équipé du ‘sel de la sagesse’, illuminé de la lumière intérieure.

 

Le don du conseil et la dévotion à la Mère du Bon Conseil donne à l’âme la discrétion (Sainte Catherine de Sienne), sans laquelle on ne peut éviter les excès et les défauts, par exemple la témérité ou la peur, l’activisme ou l’inaction. L’âme possède alors aussi un sens de sécurité et de paix et à travers le don du conseil le Saint-Esprit intervient pour faciliter le conseil, le jugement et la décision, selon un mode d’agir plus divin qu’humain. Tout le travail humain de la vertu de prudence, est facilité, enrichi ou même remplacé par uneinspiration intérieure qui a son origine dans l’esprit de Dieu. La dévotion à la Mère du Bon Conseil participe à l’âme de tout chrétien docile et fidèle ; et il s’agit du même “éternel Conseil” qui dans l’intelligence divine du Père est manifesté dans le Verbe, choisi et voulu dans l’Esprit Saint, qui est amour et force d’action.

Notes et références

1) S. T., I-II, 14, 1.

2) Ecclésiastique XV, 14.

3) S. T., II-II, 47, 4 et 5.

4) Rom. VII, 18.

5) S. T., I, 25, 6, ad 4.

6) Divinum Illud, 9 mai 1897, par. 1.

7) A. ROYO MARIN O.P., Teologia della perfezione cristiana, ed. Paoline, Roma, 6ª ed., pp. 180-188.

8) ST LOUIS GRIGNION DE MONTFORT, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 20.

9) Ibid., nn° 34-35.

10) Cf. ST LOUIS GRIGNION DE MONTFORT, Le Secret de Marie, passim.

11) A. ROYO MARIN O.P., Teologia della perfezione cristiana, op. cit., p. 713.

12) ST GRÉGOIRE IER, Moralia super Job, cap. 49.

13) L. LALLEMANT S.J., La dottrina spirituale, princ. 4, cap. 4, art. 6. L’autel de Notre-Dame du Bon Conseil à Genazzano

14) R. SPIAZZI O.P., Lo Spirito Santo nella nostra vita, Massimo, Milano, 3ª ed., 1997, pp. 128-129.

15) Ibidem, p. 131.

16) JEAN DE SAINT THOMAS O.P., De donis Spiritus Sancti, cap. V, donus consilii, Salamanque 1640. 42

17) MGR GAUME, Traité du Saint-Esprit, Gaume-Duprey, Paris 1864, II vol., pp. 450-451.

18) Ibid., pp. 457-458.

19) S. T., I-II, 70.

20) S. T., I-II, 69.

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