LA NÉCESSITÉ DU CULTE DU SACRÉ-CŒUR POUR LES BESOINS ACTUELS DE L’ÉGLISE

« On doit malheureusement voir que le nombre des ennemis de Dieu croît en certains pays, que les erreurs du matérialisme se répandent dans l’opinion, que la licence effrénée des plaisirs augmente ça et là; pourquoi s’étonnerait-on si dans les âmes de beaucoup diminue la charité qui est la loi suprême de la religion chrétienne, le fondement solide de la vraie et parfaite justice, la principale source de la paix et des chastes délices ? Comme nous en avertit, en effet, notre Sauveur: “A cause des progrès croissants de l’iniquité, la charité d’un grand nombre se refroidira” (St Ambroise, Exposit. in Evang. sec. Lucam, liv. 10, n° 175; ML 15. 1942).
Le culte du Sacré-Cœur, salut du monde moderne.
Devant le spectacle de tant de maux qui, aujourd’hui plus que jamais, atteignent si vivement les individus, les familles, les nations et le monde entier, où devons-nous, Vénérables Frères, chercher le remède? Peut-on trouver une forme de piété supérieure au culte du Cœur de Jésus, qui réponde mieux au caractère propre de la foi catholique, qui subvienne mieux aux besoins actuels de l’Église et du genre humain? Quel culte est plus noble, plus doux, plus salutaire que celui-là, tout entier dirigé vers l’amour même de Dieu? (Pie XI, Lett. enc. Miserentissimus Redemptor noster, 8 mai 1928). Enfin quel stimulant plus efficace que l’amour du Christ - avivé et augmenté sans cesse par la dévotion au Cœur très sacré de Jésus - pour amener les fidèles à mettre en pratique, dans leur vie, la loi évangélique sans laquelle - comme nous en avertissent les paroles du Saint-Esprit: “l’œuvre de la justice sera la paix” (Is. 32, 17) - il ne peut pas y avoir entre les hommes de paix digne de ce nom?
C’est pourquoi, suivant l’exemple de Notre Prédécesseur immédiat, il Nous plaît d’adresser de nouveau à tous nos fils dans le Christ ces paroles d’avertissement que Léon XIII, d’immortelle mémoire, adressait à la fin du siècle dernier à tous les fidèles et à tous ceux qui se préoccupent sincèrement de leur salut et de celui de la société civile : “Aujourd’hui un autre symbole divin, présage très heureux, apparaît à nos yeux : c’est le Cœur très sacré de Jésus... resplendissant d’un éclat incomparable au milieu des flammes. Nous devons placer en lui toutes nos espérances; c’est à lui que nous devons demander le salut des hommes, et c’est de lui qu’il faut l’espérer” (Léon XIII, Lett. enc. Annum Sacrum, 25 mai 1899).

La voix du Pape

Nous reproduisons ici les différents extraits de textes et discours pontificaux publiés dans la revue Sodalitium :

S. 39 : St Pie X, allocution au consistoire, 27 mai 1914.

 

« Si jamais vous rencontriez des gens qui se vantent d’être croyants, dévoués au Pape, et veulent être catholiques mais considéreraient comme la plus grande insulte d’être appelés cléricaux, dites solennellement que les fils dévoués du Pape sont ceux qui obéissent à sa parole et le suivent en tout, non ceux qui étudient les moyens d’éluder ses ordres ou de l’obliger par des instances dignes d’une meilleure cause à des exemptions ou des dispenses d’autant plus douloureuses qu’elles causent plus de mal et de scandale ».

S. 40 : Pie XI, Encyclique “Quadragesimo anno”, 15 mai 1931.

 

« Ce qui à notre époque frappe tout d’abord le regard, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance, d’un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d’un petit nombre d’hommes qui d’ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu’ils administrent à leur gré.

Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer.

Cette concentration du pouvoir et des ressources, qui est comme le trait distinctif de l’économie contemporaine, est le fruit naturel d’une concurrence dont la liberté ne connaît pas de limites; ceux-là seuls restent debout, qui sont les plus forts, ce qui souvent revient à dire, qui luttent avec plus de violence, qui sont le moins gênés par les scrupules de conscience.

A son tour cette accumulation de forces et de ressources amène à lutter pour s’emparer de la Puissance, et ceci de trois façons: on combat d’abord pour la maîtrise économique; on se dispute ensuite le pouvoir politique dont on exploitera les ressources et la puissance dans la lutte économique; le conflit se porte enfin sur le terrain international, soit que les divers Etats mettent leurs forces et leur puissance politique au service des intérêts économiques de leurs ressortissants, soit qu’ils se prévalent de leurs forces et de leur puissance économiques pour trancher leurs différends politiques.
Ce sont là les dernières conséquences de l’esprit individualiste dans la vie économique, conséquences que vous-mêmes, Vénérables Frères et très chers Fils, connaissez parfaitement et déplorez: la libre concurrence s’est détruite elle-même; à la liberté du marché a succédé une dictature économique. L’appétit du gain a fait place à une ambition effrénée de dominer. Toute la vie économique est devenue horriblement dure, implacable, cruelle. A tout cela viennent s’ajouter les graves dommages qui résultent d’une fâcheuse confusion entre les fonctions et devoirs d’ordre politique et ceux d’ordre économique: telle, pour n’en citer qu’un d’une extrême importance, la déchéance du pouvoir: lui qui devrait gouverner de haut, comme souverain et suprême arbitre, en toute impartialité et dans le seul intérêt du bien commun et de la justice, il est tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument de toutes les passions et de toutes les ambitions de l’intérêt. Dans l’ordre des relations internationales, de la même source sortent deux courants divers: c’est d’une part le nationalisme ou même l’impérialisme économique, de l’autre, non moins funeste et détestable, l’internationalisme ou impérialisme international de l’argent, pour lequel là où est l’avantage, là est la patrie ».

 

« Si l’on considère bien les doctrines que Nous avons développées dans la première partie de Notre Lettre, l’on conclura facilement que toutes les œuvres qui viennent directement en aide au ministère spirituel et pastoral de l’Église, et qui par suite se proposent une fin religieuse visant directement le bien des âmes, doivent dans tous leurs détails être subordonnées à l’autorité de l’Église et, partant, également à l’autorité des évêques, établis par l’Esprit-Saint pour gouverner l’Église de Dieu dans les diocèses qui leur ont été assignés. Mais, même les autres œuvres qui, comme Nous l’avons dit, sont principalement fondées pour restaurer et promouvoir dans le Christ la vraie civilisation chrétienne, et qui constituent, dans le sens donné plus haut, l’action catholique, ne peuvent nullement se concevoir indépendantes du conseil et de la haute direction de l’autorité ecclésiastique, d’autant plus d’ailleurs qu’elles doivent toutes se conformer aux principes de la doctrine et de la morale chrétiennes; il est bien moins possible encore de les concevoir en opposition plus ou moins ouverte avec cette même autorité. Il est certain que de telles œuvres, étant donnée leur nature, doivent se mouvoir avec la liberté qui leur convient raisonnablement, puisque c’est sur elles-mêmes que retombe la responsabilité de leur action, surtout dans les affaires temporelles et économiques ainsi que dans celles de la vie publique, administrative ou politique, toutes choses étrangères au ministère purement spirituel. Mais puisque les catholiques portent toujours la bannière du Christ, par cela même ils portent la bannière de l’Église; et il est donc raisonnable qu’ils la reçoivent des mains de l’Église, que l’Église veille à ce que l’honneur en soit sans tache, et qu’à l’action de cette vigilance maternelle les catholiques se soumettent en fils dociles et affectueux ».

S. 43 : Pie XI, encyclique "Mortalium Animos" du 6 janvier 1928.

 

« Personne ne se trouve et personne ne demeure dans cette unique Église du Christ, à moins de reconnaître et d’accepter, avec obéissance, l’autorité et la puissance de Pierre et de ses légitimes successeurs »

S. 43 : St Pie X, "Con vera soddisfazione" du 10 mai 1909

 

«... Le plus grand critérium de la foi, la règle suprême et inébranlable de l’orthodoxie est l’obéissance au magistère toujours vivant et infaillible de l’Église, établie par le Christ columna et firmamentum veritatis, la colonne et le firmament de la vérité »
 

«... Vous voyez combien sont éloignés de la route ces catholiques qui, ... s’arrogent le droit de juger les actes de l’autorité... opposant le jugement erroné de quelques personnes sans compétence sérieuse, ou de leur conscience privée... au jugement et au commandement de celui qui, par mandat divin, est juge, maître et pasteur légitime »

S. 46 : Léon XIII, "Testem Benevolentiæ" du 21 janvier 1899

 

Contre l'américanisme

« Le principe des opinions nouvelles (...) peut se formuler à peu près en ces termes: pour ramener plus facilement les dissidents à la vérité catholique, il faut que l’Église s’adapte davantage à la civilisation d’un monde parvenu à l’âge d’homme et que, se relâchant de son ancienne rigueur, elle se montre favorable aux aspirations et aux théories des peuples modernes. Or, ce principe, beaucoup l’étendent non seulement à la discipline, mais encore aux doctrines qui constituent le dépôt de la foi. Ils soutiennent en effet qu’il est opportun, pour gagner les cœurs des égarés, de taire certains points de doctrine comme étant de moindre importance, ou de les atténuer au point de ne plus leur laisser le sens auquel l’Église s’est toujours tenue.

Il n’est pas besoin de longs discours, cher Fils, pour montrer combien est condamnable la tendance de cette conception.
(...) Qu’on se garde donc de rien retrancher de la doctrine reçue de Dieu ou d’en rien omettre, pour quelque motif que ce soit; car celui qui le ferait tendrait plutôt à séparer les catholiques de l’Église qu’à ramener à l’Église ceux qui en sont séparés. Qu’ils reviennent, rien, certes, ne Nous tient plus à cœur; qu’ils reviennent, tous ceux qui errent loin du bercail du Christ, mais non par une autre voie que celle que le Christ a lui-même montrée.

(…) Le dessein des novateurs est encore plus dangereux et plus opposé à la doctrine et à la discipline catholiques. Ils pensent qu’il faut introduire une certaine liberté dans l’Église, afin que la puissance et la vigilance de l’autorité étant, jusqu’à un certain point, restreintes, il soit permis à chaque fidèle de développer plus librement son initiative et son activité. Ils affirment que c’est là une transformation nécessaire, comme cette liberté moderne qui constitue presque exclusivement à l’heure actuelle le droit et le fondement de la société civile.

Il importe donc davantage de signaler une opinion dont on fait un argument en faveur de cette liberté qu’ils proposent aux catholiques. Ils disent à propos du magistère infaillible du Pontife romain que, après la définition solennelle qui en a été faite au Concile du Vatican, il n’y a plus d’inquiétude à avoir de ce côté, c’est pourquoi, ce magistère sauvegardé, chacun peut maintenant avoir plus libre champ pour penser et agir.

Étrange manière, en vérité, de raisonner; s’il est, en effet, une conclusion à tirer du magistère de l’Église, c’est, à coup sûr, que nul ne doit chercher à s’en écarter et que, au contraire, tous doivent s’appliquer à s’en inspirer toujours et à s’y soumettre de manière à se préserver plus facilement de toute erreur de leur sens propre.
Ajoutons que ceux qui raisonnent ainsi s’écartent tout à fait des sages desseins de la Providence divine, qui a voulu que l’autorité du Siège Apostolique et son magistère fussent affirmés par une définition très solennelle, et elle l’a voulu précisément afin de prémunir plus efficacement les intelligences chrétiennes contre les périls du temps présent. La licence confondue un peu partout avec la liberté, la manie de tout dire et de tout contredire, enfin la faculté de tout apprécier et de propager par la presse toutes les opinions, ont plongé les esprits dans des ténèbres si profondes que l’avantage et l’utilité de ce magistère sont plus grandes aujourd’hui qu’autrefois pour prémunir les fidèles contre les défaillances de la conscience et l’oubli du devoir.
(…) Il n’y a qu’une Église, une par l’unité de la doctrine comme par l’unité du gouvernement, c’est l’Église catholique; et parce que Dieu a établi son centre et son fondement sur la chaire du bienheureux Pierre, elle est, à bon droit, appelée Romaine, car là où est Pierre, là est l’Église (St Ambroise, in ps. XI, 57).

S. 47 : Pie XII, encyclique "Haurietis Aquas" du 15 mai 1956

S. 41 : Saint Pie X, encyclique "Le ferme propos" du 11 juin 1905.

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