Réponse au numéro spécial de La Tradizione cattolica

sur le sédévacantisme (n° 1/2003, 52) - Troisième partie

Article

L'apocalypse selon Corsini

 Par Monsieur l'abbé Francesco Ricossa

Note : cet article a été publié dans la revue Sodalitium n°48 ; il y est complété par un appendice sur les prophéties et les révélations privées consultable ici.

“Jésus annonçait le royaume, et c’est l’Église qui est venue”. Il suffit d’entendre prononcer le nom de Loisy, le malheureux chef de file du modernisme, pour que cette célèbre phrase nous revienne en mémoire. Elle est extraite de son livre L’Évangile et l’Église. Saint Pie X l’avait à l’esprit, lorsque dans le décret Lamentabili il condamna entre autres cette proposition (n. 52) : “Il n’a pas été dans la pensée du Christ de constituer l’Église comme une société destinée à durer sur la terre une longue série de siècles ; au contraire, dans la pensée du Christ, le royaume du ciel et la fin du monde était également imminents” (DS 3452 ; Écrits Doctrinaux de Saint Pie X, éd. Téqui, p. 143). Pour détruire en effet d’un seul coup tout le christianisme, il n’est pas de meilleur moyen : car si Jésus s’est trompé en annonçant l’imminence de la fin du monde, c’est qu’Il était un visionnaire, un faux prophète, une pure créature faillible et exaltée, et ses disciples étaient des mystificateurs qui ont substitué l’Église au royaume des Cieux si longtemps et vainement attendu.

 

Loisy n’inventait rien. Il reprenait les divagations de Weiss (1892), vulgarisées par Renan. Peu de gens savent que l’eschatologisme (système selon lequel Jésus aurait prêché essentiellement la fin imminente du monde) est depuis longtemps disqualifié parmi les exégètes, pour n’être plus en vogue que chez les Témoins de Jéhovah et autres Adventistes... Mais, hélas, même parmi les personnes cultivées en sciences profanes, on trouve ce préjugé considéré comme vérité évidente : que Jésus a prêché l’imminente fin du monde et que ses disciples l’ont attendue anxieusement.

 

Mgr Spadafora

À cette objection les exégètes catholiques ont amplement répondu, entre autres le regretté Mgr Francesco Spadafora, ancien professeur à l’Université Pontificale du Latran, qui fut l’ennemi le plus radical de l’eschatologisme. La réfutation de cette erreur revient dans presque toutes ses œuvres : rappelons Gesù e la fine di Gerusalemme (1950) [Jésus et la fin de Jérusalem], pour ce qui concerne le discours dit eschatologique de Jésus dans les Évangiles synoptiques (Lc, 17, Mt. 24, Mc 13, Lc 21, qui n’annoncent pas la fin du monde, mais la destruction de Jérusalem et du Temple), et L’escatologia in san Paolo (1957) [L’eschatologie dans saint Paul], pour ce qui concerne surtout les deux épîtres aux Thessaloniciens. La Parousie, ou venue du Seigneur, indique, dans l’Évangile comme dans le texte paulinien, l’intervention du Seigneur pour secourir l’Église persécutée par la Synagogue : “la fin de la nation juive sera la libération pour l’Église” (Spadafora, Dizionario Biblico, rubrique Escatologia). En ce qui concerne l’Apocalypse (cf. Dizionario Biblico) Mgr Spadafora se rallie, comme son maître Mgr Antonino Romeo (cf. Rubrique Apocalisse de l’Enciclopedia Cattolica, rédigée par Romeo) à la position du P. Allo en réfutant l’exégèse “eschatologique” (selon laquelle avec l’Apocalypse “nous aurions la prédiction des événements qui précéderont immédiatement et accompagneront l’apparition de l’Antéchrist, sa lutte, sa défaite définitive, avec le jugement dernier. Beaucoup tomberont dans l’erreur du millénarisme littéral...”) ainsi que celle qui voit dans l’Apocalypse la description des époques ou ères de l’histoire de l’Église (très diffusée autrefois par Joachim de Flore). Et pourtant, qui peut affirmer n’avoir jamais pensé de toute sa vie, et spécialement dans les périodes de crise de l’histoire et de crise pour l’Église, que ce dont parlent les derniers livres de la sainte Écriture, avec des expressions mystérieuses et terrifiantes, est justement ce qui doit arriver à la fin du monde et de l’Église ? Voici ce qu’a écrit à ce propos le cardinal Billot : “Parmi les préjugés concernant les livres de la sainte Écriture, il n’en est pas de plus généralement répandu que celui qui tient l’Apocalypse pour être, ou exclusivement, ou du moins dans sa partie principale, la prophétie de la fin des temps, de ses signes avant-coureurs, des événements qui la précéderont, des catastrophes qui l’annonceront. Interrogez, en effet, à ce sujet la plupart de ceux qui s’intéressent aux choses de la religion, et y ont quelque culture : immanquablement, et à bien peu d’exceptions près, ils vous répondront que d’abord l’Apocalypse est un livre sibyllin qu’il ne faut pas même tenter de déchiffrer, vu que tous ceux qui en ont voulu faire l’essai y ont misérablement échoué ; qu’au surplus, si l’intelligence en est peut-être réservée à l’avenir, pour le moment du moins on n’en sait vaguement qu’une seule chose : c’est que ce sont des prédictions regardant l’Antéchrist, les derniers combats de l’Église, la persécution suprême, la venue d’Enoch et d’Elie, l’apparition du juge des vivants et des morts, les assises générales de l’humanité avec ce qui s’ensuivra dans les éternels châtiments et les éternelles récompenses. Mais combien étrange, combien incroyable, combien paradoxale surtout leur paraîtrait l’opinion de celui qui, même appuyé sur la grande autorité de Bossuet, essayerait timidement de soutenir que la partie de l’Apocalypse visant directement et immédiatement les derniers jours, tient tout juste dans le livre la place d’une dizaine de versets (...)” ; de cette thèse, de ce préjugé bien enraciné, Billot dit encore, “nous répondons sans hésiter par une dénégation absolue” (L. Billot, La Parousie, Beauchesne, 1920, pp. 267-271). Tout en demeurant soumis au jugement de l’Église, seule compétente en matière d’interprétation authentique de la Sainte Écriture (Dz 1788), le soussigné se range en cela à l’opinion d’un Billot, d’un Spadafora, d’un Romeo ou d’un Allo : ce n’est pas du futur que parle l’Apocalypse, mais bien plutôt du passé. Sur ce, voilà que m’est tombé entre les mains le livre d’Eugenio Corsini. Je veux le présenter au lecteur.

 

Petite note autobiographique

Eugenio Corsini est né en 1924. Après avoir étudié la littérature chrétienne avec Mgr Pellegrino et s’être diplômé, il poursuit ses études à Paris (Sorbonne, École pratique des Hautes Études) et à Rome (Institut Biblique). Je l’ai eu un an (1976-77) comme professeur de littérature chrétienne antique à l’Université de Turin ; il y a terminé sa carrière sur la chaire de littérature grecque. Que le lecteur ne s’y trompe pas : le fait d’avoir suivi ses cours, qui portaient justement à l’époque sur l’Apocalypse, ne m’a pas influencé au point de me pousser à suivre dès lors son exégèse. Le jeune étudiant de 17 ans que j’étais à l’époque n’y comprit goutte, tout simplement : il lui manquait la maturité, et aussi la prédisposition : car le Professeur Corsini n’était et n’est toujours pas un catholique “traditionnel” (contrairement à Mgr Spadafora) mais un “progressiste” comme son “maître” Pellegrino. Lorsqu’en 1980 le fruit de ses études fut publié sous le titre Apocalisse prima e dopo (éd. SEI, Torino) avec une préface d’un autre “progressiste”, Mgr Rossano, j’achetai le livre, geste qui n’eut pas de suite car le livre resta sur une étagère de ma bibliothèque (ce livre a été traduit en français par les Editions du Seuil, Paris, en 1984, sous le titre L’Apocalypse maintenant, avec préface du non moins progressiste Xavier Léon-Dufour). Ces années-là je fréquentais le séminaire d’Écône et le professeur d’Écriture Sainte disait souvent “ne pas avoir la clef de l’Apocalypse”... Les séminaristes plaisantaient volontiers sur le refrain du bon Père, mais au fond il n’y avait pas lieu de le lui reprocher, puisque même le grand exégète que fut l’abbé Giuseppe Ricciotti confessait ouvertement son ignorance sur ce thème, lorsqu’il écrivait : “on peut interpréter certains passages de ce livre mystérieux avec une précision et une certitude approximative ; mais l’ensemble, et spécialement les références chronologiques, demeurent aussi obscures aujourd’hui que pour les Pères et les écrivains chrétiens anciens, qui en ont donné des interprétations différentes” in La Sacra Bibbia annotée de G. Ricciotti, Salani, 1940, p. 1761, éd. De 1976). L’idée que je me faisais de l’Apocalypse était donc celle de la grande majorité des lecteurs : un écrit mystérieux et obscur sur l’Antéchrist et la fin du monde, dont ne me paraissaient clairs (parce qu’utilisés de façon adaptée par la Liturgie !), que quelques tableaux tout à fait isolés de l’ensemble du texte inspiré. Et ce, jusqu’au jour où je repris en main le livre de Corsini. À mesure que j’avançais dans la lecture, ma méfiance allait se dissipant tandis que, contemporainement, les versets du dernier livre de la Sainte Écriture se faisaient clairs et lumineux. Finie la lecture, je me trouvai tout content : c’était la première fois de ma vie que je lisais un commentaire donnant de l’Apocalypse une vision non seulement pleinement orthodoxe, mais aussi cohérente, homogène, unitaire, claire dans toutes ses parties strictement liées entre elles par un unique critère interprétatif, une vision à la fois moderne et conforme, comme je l’ai dit, à la règle la plus exigeante de la foi...

 

Ça n’est pas sans préoccupation que j’ai été témoin, ces dernières années, de l’emploi impropre fait de l’Apocalypse jusque dans les rangs des opposants à Vatican II. Comme en tout temps de crise (et Dieu sait si nous y sommes !), on a cherché à voir dans les événements contemporains la réalisation des antiques et obscures prophéties : nos propres adversaires devenant immanquablement la Bête ou la Prostituée de Babylone, nos propres “idoles” devenant par contre les “deux Témoins”, sans parler de l’attente du retour imminent d’Enoch et d’Elie en personne. On est pris d’une terrible angoisse à voir de bons catholiques identifier l’Église et la Prostituée comme l’a fait un jour Luther, ou bien tomber dans le millénarisme judaïque en invoquant - à tort - l’Apocalypse, ou encore emboîter le pas aux Joachimites en annonçant la fin d’une Église corrompue et la naissance d’une nouvelle réalité spirituelle... Après avoir profité toutes ces années du livre de Corsini auquel je dois d’avoir évité de me fourvoyer dans beaucoup de bévues, il m’a semblé que je me devais à mon tour, en toute justice, de le faire connaître à “notre” public. Mon intention est de présenter le plus fidèlement possible la thèse de l’auteur, tout en laissant à chacun (en attendant un éventuel jugement de l’Église) la tâche de se faire une opinion personnelle après une éventuelle lecture de l’œuvre recensée.

 

La méthode interprétative

Dans l’introduction (pp. 11-89 ; pp. 15-63 éd. fr.) C. expose sa théorie et les principes exégétiques qui l’ont guidé. Pour ce qui est de la première, voici comment elle est résumée à la p. 18 (pp. 23-24 fr.) : l’Apocalypse, comme l’indique son nom signifie “révélation”, “est bien la description d’une venue, de la venue de Jésus-Christ : mais il ne s’agit pas de celle qui viendra à la fin des temps, mais de celle qui s’est réalisée au cours de toute l’histoire, depuis la création du monde, et qui a eu son point culminant dans le grand ‘événement’ (gr. kairós) de la venue historique de Jésus-Christ, surtout dans sa mort et sa résurrection”.

 

Pour parvenir à cette conclusion, C. part du principe, qui devrait être évident, de l’unité de l’œuvre : nous ne devons pas nous permettre d’interpréter l’Ap. comme si chacune de ses parties, chacun de ses symboles étaient indépendants l’un de l’autre ; l’Apocalypse est un tout articulé en quatre septénaires (7 lettres, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 coupes). Quel est le lien entre ces quatre septénaires ? C. suit donc en cela la méthode “récapitulative”, “l’unique, avec l’eschatologique, qui puisse être considérée comme traditionnelle. L’Apocalypse n’expose pas des événements futurs se suivant chronologiquement, mais offre en divers tableaux, qui souvent reprennent et développent les précédents, une vision prophétique de la lutte perpétuelle entre le Christ et Satan, avec la victoire du Royaume de Dieu militant et triomphant” (Spadafora) ; victoire, préciserait C., déjà essentiellement remportée et réalisée avec la mort et la résurrection de l’“Agneau debout et comme égorgé” (= le Christ mort et ressuscité) qui domine toute l’Apocalypse.

 

Reste le problème des symboles utilisés par l’auteur inspiré (que C. identifie, conformément à la tradition, avec Jean, Apôtre et Évangéliste). L’Apocalypse s’explique avec l’Apocalypse, soutient C., en ce sens que souvent à un endroit du livre est expliqué un symbole qui se retrouvera ensuite autre part : au lecteur de se rappeler l’explication déjà donnée et de l’appliquer sans hésiter dans les passages les plus obscurs. Une autre “clef” de l’Ap. est constituée par l’Ancien Testament. Il n’existe probablement aucun écrit néotestamentaire aussi lié à l’Ancien Testament que l’Ap. (raison pour laquelle elle a été rejetée par les gnostiques : cf. pp. 54-55, pp. 40-41 éd. fr.), Jean considérant pourtant l’A.T. comme un “type”, une figure du Nouveau. C’est sur la base de ces deux critères que C. expliquera les symboles employés par Jean, symboles qui devaient être bien connus de ses lecteurs. Ainsi, les “êtres vivants” de Jean (Ap. 4) sont les Chérubins d’Ezéchiel (Ez. 1) ; le Dragon de l’Ap. 12 est le Serpent tentateur de la Genèse ; les chevaux aux couleurs variées renvoient à Zacharie (chap. 1 et 6) ; le Vieillard (Yahweh) renvoie à Daniel (ch. 7) et le livre mangé à Ezéchiel (ch. 3). La signification des symboles vétéro-testamentaires repris par Jean reste la même, sauf modifications insérées explicitement par Jean lui-même pour faire comprendre au lecteur le nouveau message apporté par le Nouveau Testament (cf. pp. 49-53 ; 36-39 fr.). D’autre part, un même symbole de base (qui devra être interprété à la lumière de l’Ancien Testament) pourra exprimer des choses différentes selon l’autre symbole auquel il est joint, tout en conservant cependant son sens fondamental : ainsi, la “femme” du chap. XII sera “prostituée” (autrement dit femme infidèle) au chap. XVIII ou “l’épouse, la femme de l’Agneau” (c’est-à-dire la femme fidèle) au chap. XXI. Même chose pour le symbole du “livre” (la révélation), parfois scellé, parfois ouvert, et dans les mains d’un ange ou dans celles de l’Agneau. Quant aux anges, omniprésents dans l’Ap., parfois clairement, parfois symbolisés par les “étoiles” (cf. Ap. 1, 20), ils signifient, pour C., l’économie de l’Ancien Testament supplantée par celle du Nouveau. Intuition fondamentale que cette dernière, d’ailleurs très claire dans les écrits de saint Paul : la loi ancienne, Dieu nous l’a donnée par l’intermédiaire des anges, la Nouvelle nous a été donnée directement par le Fils infiniment supérieur aux anges (pp. 69-71 ; 49-51 fr.) ! Le même critère doit être adopté pour les symboles numéraux si importants dans l’Ap. (pp. 62-65 ; 46-47), et seuls les Témoins de Jéhovah vont jusqu’à les prendre dans leur sens littéral : ici aussi, la signification que nous révèle l’A.T. doit être conservée et scrupuleusement appliquée dans toutes les visions de l’Ap. [pour les curieux : 3 indique Dieu, 4 la terre, 6 l’homme, 7 la plénitude, 10, 20, etc., indiquent un chiffre indéfini, les numéros pairs indiquant généralement l’imperfection, les impairs la perfection...].

 

Pour certains l’interprétation de C. représentera une déception : je parle de ceux qui se sont efforcés de lire dans l’Ap. non pas la pensée de l’Apôtre que Jésus aimait et le message qu’il voulait transmettre aux premiers chrétiens, mais leurs propres préoccupations relatives à des temps et époques bien postérieurs. Grâce au commentaire de C. on découvre, au contraire, une remarquable harmonie entre l’Ap., les autres écrits de saint Jean, les lettres de saint Paul et les Évangiles synoptiques. Dans l’Ap. Et le IVème Évangile, saint Jean dirait substantiellement la même chose, quoique dans des “genres littéraires” différents : l’Ap. même est une manifestation claire de la divinité du Christ, du Logos, comme l’appelle le IVème Évangile. Même harmonie entre saint Paul et saint Jean, pour ce qui est de combattre l’angélologie gnosticisante des judaïsants (cf. les Épîtres aux Hébreux, aux Ephésiens, aux Colossiens). Et si l’on adopte l’exégèse de Spadafora à propos des deux Épîtres aux Thessaloniciens, la concordance est parfaite non seulement avec les dernières, mais aussi avec les premières Épîtres de saint Paul (celles aux Thessaloniciens, justement), où, pas plus que dans l’Ap., il n’y aurait trace de parousie eschatologique (c’est-à-dire d’un retour imminent du Christ avec la fin du monde). C., se basant sur les Épîtres aux Thessaloniciens, pense que saint Paul espéra effectivement, dans un premier temps, le prochain retour du Christ. Spadafora, lui, interprète ces textes avec une clef complètement différente : la “venue” du Christ annoncée serait celle réalisée plus tard avec la destruction du Temple en l’an 70, qui blessa à mort le premier et perpétuel persécuteur du Christianisme, le Judaïsme. Par contre, dans l’interprétation des Évangiles synoptiques en ce qui concerne le “discours eschatologique” de Jésus, il existe une concordance substantielle entre C. et Spadafora : ce n’est pas la fin du monde que Jésus annonce, mais la fin d’un monde : celui du Judaïsme, du Temple, de Jérusalem, profanés par les excès qu’y commettront les zélotes durant le siège de Jérusalem (pour Spadafora) et, plus encore, par la condamnation à mort de Jésus que prononceront les princes des prêtres dans le Temple même (pour C., pp. 71-72 ; 51-56 fr.). Il y aurait là aussi une concordance admirable entre Évangiles et Apocalypse.

 

La “trame” de l’Apocalypse

De quoi parle donc l’Ap., si elle ne parle pas des derniers temps ? Elle est, nous l’avons vu, une explication de toute la révélation sur Jésus-Christ, depuis la création jusqu’à la fondation de l’Église. Dans cette “histoire sacrée”, ou “histoire du salut”, ce qui fixe l’attention de Jean est la révolte et la chute des anges, le péché d’Adam et la chute de l’humanité, les conséquences du péché originel : peste, famine, guerre, péché, mort temporelle et spirituelle. Mais Dieu n’abandonne pas l’humanité, lui offrant une nouvelle fois le salut. L’Ap. a une vision positive de l’Ancien Testament, mais elle en souligne aussi le caractère imparfait, limité, tout orienté vers la plénitude du salut en Jésus-Christ, plénitude qui n’est plus réservée à quelques-uns, mais à tous. De la loi ancienne, Jean souligne le caractère de témoignage en faveur de Jésus, témoignage donné justement par la Loi et par les Prophètes (les deux Témoins qui dans l’Évangile sont représentés par Moïse et Elie aux côtés de Jésus dans la transfiguration). Mais les Prophètes sont aussi témoins de Jésus par le sang du martyre, puisqu’ils ont été tués par ces juifs “charnels”, tout comme le sera le Messie. Ces derniers n’attendent du Messie qu’un royaume terrestre ; loin d’enseigner le millénarisme, l’Ap. le combat, rappelant que le “règne millénaire” du Messie est essentiellement spirituel. La mort et la résurrection du Christ constituent la victoire définitive sur la mort, Satan et le péché : le règne de Dieu, c’est l’Église, l’épouse immaculée de l’Agneau, le nouvel Israël, qui dès lors et pour toujours dorénavant opère le salut des baptisés, tandis que s’est effectuée l’horrible transformation de la synagogue déicide en la prostituée de Babylone. Tel est en résumé, pour C., le thème de l’Apocalypse.

 

Apocalypse, Judaïsme et Christianisme : l’Église, nouvel Israël

À la lecture du bref résumé que nous venons de faire, le lecteur aura remarqué la vision négative de Jean au regard du Judaïsme qui a refusé le Christ. Ce point, continuellement souligné par C., ne peut pas ne pas soulever de discussion ; il n’a pas échappé non plus à l’auteur de la préface de l’édition française (1), Léon-Dufour : “ le lecteur pourrait, au premier abord, être surpris par la dureté de certaines déclarations sur Israël, par exemple quand Corsini ne craint pas de voir dans la ‘Bête de la terre’ Israël qui s’est livré au pouvoir politique et a ainsi dévié de son orientation spirituelle primordiale. Il sera tenté d’accuser d’‘antisémitisme’ un auteur qui voit dans la Prostituée la Synagogue, et dans Babylone la Jérusalem terrestre. Mais ce serait injustice. Comme Corsini le montre avec insistance dans son ouvrage, l’Apocalypse non seulement n’est d’aucune manière un pamphlet contre le Judaïsme, mais elle expose magnifiquement en quoi consiste l’Israël spirituel (...) l’Israël de l’Ancien Testament. L’on y retrouve dans un autre langage, ce que dit le IVème Évangile : ce dernier affirme que ‘le salut vient des Juifs’ et à la fois, il désigne par ‘les Juifs’ ceux qui rejettent Jésus” (p. 12). En somme il suffit de s’entendre sur les termes “judaïsme” et “juifs”. Et l’Ap. signale précisément l’équivoque possible, par ces paroles de Jésus à l’Ange de l’Église de Smyrne : “je connais (...) les blasphèmes de ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais bien une synagogue de Satan” (Ap. 2, 9 ; cf. aussi 3, 9). Il y a donc un vrai judaïsme, que l’Ap. adopte, et un faux qu’elle rejette radicalement. “Aucun écrit du Nouveau Testament n’affirme la continuité vitale entre le judaïsme et le christianisme avec autant de force et de conviction que l’Ap... Dans la vision de Patmos (...) Jésus-Christ apparaît à Jean au milieu de sept chandeliers d’or (cfr. 1, 13) et peu après il se définit lui-même comme ‘Celui qui... marche parmi les sept chandeliers d’or’ (cfr. 2, 1). Le sens de cette vision est clair : Jésus-Christ vient du judaïsme. (...) Quand Il nie aux Juifs le droit de continuer à s’appeler ainsi, Il sous-entend que ce nom appartient maintenant aux chrétiens, devenus les vrais héritiers du judaïsme spirituel qui, selon Jean, avait été gardé et transmis par les saints et les prophètes, c’est-à-dire par les anciens ‘témoins’. (...) C’est dans la nouvelle communauté ecclésiale, que vit et se continue le judaïsme spirituel : les sept chandeliers, comme l’annonce solennellement Jésus-Christ à Jean, sont devenus les sept églises (cfr. 1, 20)” (C., pp. 57-58 ; 42-43 fr.). L’Église en tant que “Nouvel Israël”, vérité de foi rejetée de nos jours comme “théorie de la substitution” [de l’Église à Israël] est donc l’objet de l’Ap. : “dire que les chandeliers ‘sont les sept églises’, c’est dire qu’avec la venue de Jésus-Christ et l’achèvement de son œuvre messianique, le judaïsme s’est transformé pour devenir les ‘sept églises’, c’est-à-dire la totalité de l’Église. Tel est le sommet de la ‘révélation de Jésus-Christ’, l’accomplissement du ‘mystère’, le sens de tout le livre de l’Apocalypse” (p. 141 ; p. 92 fr.).

 

1) En recherchant la concordance de pages des deux éditions italienne et française de l’ouvrage de C., quelle n’a pas été ma stupéfaction de constater que l’édition française, en fait de traduction, est plutôt un résumé et que ce sont justement les passages les plus “brûlants” cités dans cet article qui ont été systématiquement taillés, censurés, et édulcorés par le traducteur. Et ce, sans que le lecteur français en ait le moins du monde été averti ! Dans l’édition française de Sodalitium nous rétablissons par conséquent le texte original en intégrant la version française des Éditions du Seuil dans l’édition italienne de la SEI (qui a reçu l’imprimatur de la Curie de Turin).

 

La lettre à Laodicée, condamnation et réprobation du judaïsme

Le premier des quatre septénaires est celui des lettres adressées aux sept églises d’Asie Mineure. Il s’agit pour certains de véritables lettres, réellement adressées respectivement aux communautés primitives : C. n’exclue pas lui non plus cette possibilité. Pour d’autres ce sont des lettres fictives. Quoiqu’il en soit, il ne s’agit pas de la prophétie des sept époques futures de l’Église, mais bien de sept périodes de l’histoire de l’humanité, depuis la chute d’Adam jusqu’au rejet du Messie de la part des Juifs. Ce rejet est le sujet de la dernière et terrible lettre, adressée à Laodicée : “elle exprime le jugement de condamnation contre le judaïsme qui, dans son aveuglement et son obstination, n’a pas reconnu en Jésus-Christ le Messie annoncé par les Écritures. Il est reproché en effet à la communauté de n’être ‘ni froide ni chaude’ mais ‘tiède’ (cfr 3, 15-16) : ce qui ne peut pas être interprété, à la moderne, comme une allusion à un manque de ferveur spirituelle ; c’est tout simplement la définition du légalisme judaïque, où l’honneur est rendu à Dieu des lèvres et non du cœur, par des signes extérieurs et non en esprit et en vérité. (...) L’Avertissement ne sera d’ailleurs pas écouté. Quand, pour instruire et édifier indirectement ses fidèles de Laodicée, Jean met par écrit les paroles du Christ au peuple juif, la menace divine contre ce dernier (‘Je vais te vomir de ma bouche’ : cfr 3, 16) s’est déjà réalisée : les Juifs ont déjà été condamnés et répudiés pour leur orgueil, leur obstination, leur aveuglement. Alors que tout leur manquait de ce qui était indispensable à leur salut, ils se vantaient de tout posséder : ‘Je suis riche, j’ai atteint le sommet de la richesse, je n’ai besoin de rien’ (3, 17). Telles sont, à peu de choses près, les paroles que Jean mettra à la bouche de Babylone avant sa ruine (cfr 18, 7). Comme nous l’avons déjà répété plusieurs fois, dans la destruction de Babylone ce n’est pas une prophétie sur la fin matérielle de Rome que nous croyons découvrir, mais une allégorie de la fin spirituelle du judaïsme : la Jérusalem terrestre disparaît pour faire place à la Jérusalem céleste. Telle est la thèse centrale du livre que Jean reprend et développe à travers la série des quatre grands cycles septénaires des lettres, des sceaux, des trompettes et des coupes, qui tous se terminent par une allusion à une interruption, à une fin. C’est dans ce sens qu’il convient de lire aussi la septième lettre, qui est une conclusion dramatique ayant comporté le jugement et la répudiation de ceux qui continuent à s’appeler Juifs mais ne le sont plus (cfr 2, 9 ; 3, 9)” (pp. 157-159 ; pp. 101-103 fr.).

 

Le septième sceau

Au septénaire des lettres succède celui des sceaux. Les quatre premiers symbolisent pour C. la chute de l’homme, les trois derniers l’intervention salvatrice de Dieu. Le livre est la révélation qui donne la vie ; les sceaux sont le péché, ils ferment à l’homme cette vie divine. Seul l’Agneau égorgé (mort) et debout (ressuscité) peut ouvrir les sceaux, parce que l’histoire du salut est toute dans le sacrement (mystère) du Christ. Jean (Ap. V) se réfère à la vision de Daniel sur le Messie (Dn. VII), mais il introduit la figure de l’Agneau pour souligner la nature du règne messianique : “le symbole de l’Agneau (...) ne laisse aucun doute sur le moyen par lequel ce Messie obtiendra la victoire sur ses ennemis : il sera tué par eux, égorgé. Mais il vaincra la mort par la résurrection...” (p. 202 ; p. 128 fr.). Dans le septénaire des sceaux, l’Ap. introduit le lecteur à la vision de la liturgie céleste (pour comprendre cette dernière il faut avoir présentes à l’esprit les cérémonies de la liturgie terrestre dans le temple de Jérusalem). Dans le sixième sceau Jean voit les 144.000 marqués (= sauvés) sous la loi ancienne : tous les juifs ne se sont pas sauvés, mais seulement ceux qui appartenaient au “judaïsme spirituel” (cf. p. 234). Ce n’est que dans le Nouveau Testament qu’on a le salut définitivement ouvert à une foule immense issue de tout peuple, de toute langue et de toute tribu, grâce à la mort du Christ. Le silence qui se fait dans le Ciel à l’ouverture du septième sceau indique la cessation du culte judaïque (les Évangiles synoptiques expriment le même concept en racontant la lacération du voile du Temple à la mort du Christ : Mt. 27, 51 ; Mc 15, 38 ; Luc 23, 45) et l’attente du nouveau culte qui commence avec la résurrection du Christ. Quant à l’Ancien culte, il est profané par l’Abomination de la désolation prédite par Daniel : c’est en effet la mort du Christ “due à l’instigation des princes des prêtres juifs, qui aurait profané définitivement le temple, provoquant la fin du culte judaïque” (p. 238 ; p. 145 fr.).

 

Les sept trompettes

Le septénaire des trompettes rappelle lui aussi l’Ancienne Alliance (les trompettes font référence aux anges et à l’Alliance du Sinaï). L’Ap. présente quatre “trompettes” qui se rapportent à la chute des anges et trois “calamités” avec leurs trois “trompettes” correspondantes, qui transportent la scène sur la terre, avec la chute de l’homme et ses conséquences ; la dernière trompette symbolise, par ailleurs, la mort du Christ. Les deux Témoins font ici leur apparition ; ce ne sont pas Enoch et Elie attendus pour la fin du monde, mais Moïse et Elie, autrement dit la Loi et les Prophètes, qui rendent témoignage à Jésus (cf. Jn 5, 31 ; 8, 54) dans l’Écriture Sainte comme dans l’épisode évangélique de la Transfiguration. Ceci pour le rôle positif de l’Ancien Testament : car la Loi, après la venue du Christ n’est plus salvatrice, mais mortifère. Jean reprend la fameuse vision dans laquelle Ezéchiel mange le livre (l’A.T.) et la modifie : l’amertume provoquée dans les viscères par la manducation du livre “est synonyme de mort spirituelle” (p. 278). Après la venue du Christ, le culte hébreu est lui aussi désormais réprouvé. L’Ange qui jette le feu de l’encensoir sur la terre (Ap. 8, 5) symbolise, par son geste “la fin du culte judaïque que les premiers chrétiens ont associée à la mort du Christ” (p. 255 ; p. 154 fr.), ainsi que “l’expulsion de Satan et des siens hors du Ciel” (p. 256), qui sera décrite dans les quatre premières trompettes. Par ailleurs la septième trompette, qui comporte l’ouverture du Temple, la fin du culte judaïque et de la médiation angélique... fait encore référence à la mort du Christ.

 

Le septénaire des coupes : les deux Bêtes

Le symbole de la coupe évoque encore plus explicitement le sacrifice du Christ. Ce septénaire comporte des scènes fameuses : la Femme et le Dragon au chap. XII, la Bête de la terre et celle de la mer au chap. XIII, la Prostituée de Babylone et sa destruction (chap. XII-XIX), la bataille d’Harmaguédon, si chère aux Témoins de Jéhovah, etc.

 

Comme d’habitude, pour C., Jean commence le septénaire par l’exposition de la chute des anges (lutte dans le Ciel entre Saint Michel et le Dragon) et de l’homme (représentée par la Femme qui du Ciel se retrouve dans le désert, sur la terre, poursuivie par le Dragon). Entre autres conséquences du mal, saint Jean entrevoit la corruption des pouvoirs politique et religieux, pouvoirs pourtant bons en soi (p. 333 svt ; p. 192 svt fr.) mais désormais pervertis, figurés par les deux Bêtes qui aident le Dragon. La Bête de la mer, reprise de Daniel (7, 2 svt), figure la corruption du pouvoir politique, autrement dit l’État lorsqu’il prétend prendre la place de Dieu. Elle n’incarne pas nécessairement l’empire romain : “certes, l’attitude de Jean vis-à vis-de l’empire romain n’est plus celle de Paul [qui dans la seconde épître aux Thessaloniciens y voyait “l’obstacle” à l’homme d’iniquité, autrement dit au judaïsme], et n’en partage pas les illusions. Mais elle n’est pas non plus marquée de cette fureur subversive aveugle et fanatique qu’ont voulu y voir beaucoup” (p. 333 ; 192 fr.). Quand saint Jean écrivait l’Ap., “la persécution n’était encore ni généralisée ni sytématique et surtout n’était pas encore considérée par les chrétiens comme œuvre exclusive du pouvoir impérial, mais plutôt comme le résultat d’un courant satanique favorisé par la collusion entre pouvoir politique et judaïsme au détriment des disciples du Christ” ; elle reproduisait en cela le modèle de la passion où, Pilate, malgré sa réticence, servit de bras séculier à la synagogue (pp. 345-346 ; supprimé dans le fr.). Par contre la Bête de la terre décrite par Jean comme corruption du pouvoir religieux n’a aucun précédent vétérotestamentaire direct. Certains commentateurs y ont vu la description du culte idolâtrique païen (cfr. pp. 355 svt ; pp. 202 svt fr.), mais C. repousse cette hypothèse. Les caractéristiques de ce monstre sont en effet “la duplicité et l’ambiguïté” (p. 358), car “elle avait deux cornes semblables à celles de l’Agneau et parlait comme le dragon” (Ap. 13, 11) : la figure de cette Bête de la terre sera reprise avec le faux prophète (chap. 16, 19 et 20) et la prostituée (chap. 17 svt). Quant à la Bête de la mer, pour C., elle n’est autre que le Judaïsme corrompu, ce judaïsme qui a mis à mort tous les Justes, les Saints et les Prophètes (cf. Mt. 23, 29 svt ; Actes 7, 51 svt) et finalement le Messie même, en se servant du pouvoir politique : “la violence brutale et aveugle du pouvoir politique est manœuvrée et conseillée par une force qui se cache derrière son ombre” (p. 360 ; p. 204 fr.), à l’occasion par exemple du procès et de la condamnation du Christ et des premiers martyrs. Le Judaïsme, réalité bonne en soi au point d’avoir la même nature que l’Agneau divin (tous les deux sont représentés par le symbole de l’agneau), s’est mondanisé : “il croit être encore judaïsme, c’est-à-dire témoin et héritier de la promesse divine, mais il ne l’est plus, il est même devenu ‘synagogue de Satan’ (cfr 2, 9 ; 3, 9), ‘Sodome et Égypte’ et (cfr 11, 8), ‘il parle [c’est-à-dire agit] comme le dragon’ (cfr 13, 11)” (p. 363 ; p. 206).

 

Le septénaire des coupes : la grande prostituée de Babylone

Les chapitres XVII et XVIII de l’Ap. nous présentent le symbole de la grande prostituée et de la chute de Babylone. La prostituée est assise sur une bête écarlate. Presque tous les commentateurs identifient la prostituée avec la bête et l’une et l’autre avec Rome : la Rome impériale et païenne pour les uns (les catholiques), la Rome papale pour les autres (les protestants). C. démontre de façon irréfutable que cette double identification n’est pas possible : la prostituée n’est pas la bête (p. 442 svt) et n’est pas non plus Rome. La bête et la prostituée ne sont pas une même chose, et c’est d’autant plus vrai que leur alliance sera rompue, débouchant sur une guerre (Ap. 17, 16) où la prostituée aura le dessous (Ap. 11, 12) et sera détruite. “Ici, la cité qui est détruite n’est plus la ‘cité sainte’ : c’est une ‘prostituée’, et même, ‘la prostituée, la grande’, ‘Babylone, la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre’ (cfr. 17, 1 et 5). Mais il n’y a pas là non plus de quoi nous étonner, puisque cette terrible métamorphose a déjà été anticipée elle aussi au chapitre XI, où Jean nous dit que les cadavres des deux ‘témoins’ tués par la ‘bête qui monte de l’abîme’ gisent sans sépulture ‘sur la place de la cité, la grande, celle qui s’appelle spirituellement Sodome et Égypte, à l’endroit même où leur Seigneur fut crucifié’ (11, 8). Par conséquent, si la destruction évoquée dans le passage que nous examinons doit être entendue dans un sens littéral et matériel, elle ne peut que se référer à celle accomplie par les Romains en 70 après J-C : car c’est seulement après l’accomplissement du déicide qu’aux yeux de Jean et des premiers chrétiens, Jérusalem était devenue de manière complète et définitive, la ‘prostituée’, par opposition à ce qu’elle était précédemment, la ‘cité sainte’” (p. 451 ; p. 247 fr.). C. identifie donc la Jérusalem terrestre avec la grande prostituée : “une conclusion - écrit-il - qui suscitera certainement l’étonnement par son caractère apparemment paradoxal. Et du reste, bien avant nous, Jean lui-même fut saisi de stupeur et de désarroi devant ce mystère, qu’il fut le premier à contempler, les yeux illuminés par l’Esprit (cfr. 17, 6)” (pp. 451-452 ; pp. 247-248 fr.). Et pourtant, observe C., tout le livre de l’Ap. préparait à ce mystère : il suffit de voir ce qu’il dit sur la septième lettre, sur les sixième et septième sceaux, sur les sixième et septième trompettes, sur la septième coupe. De plus : “dans la sixième trompette, à la conclusion de l’épisode des deux ‘témoins’, un tremblement de terre frappe la ‘cité’ (cfr 11, 13). Le nom de cette cité, appelée peu auparavant ‘la cité, la grande’ (cfr 11, 8), n’est pas donné, mais il est clair par le contexte qu’il s’agit de Jérusalem [il est dit en effet qu’il s’agit de la cité où fut crucifié le Seigneur]. Au chapitre XVI, suite au versement de la dernière coupe, un tremblement de terre frappe ‘la cité, la grande’ qui est cette fois-ci Babylone” (p. 452). La Jérusalem terrestre est devenue par conséquent ‘Babylone’. Et prostituée. Le terme ne doit pas étonner : “comme on le sait, la métaphore de la prostitution est tirée par Jean de l’Ancien Testament, des prophètes surtout ; elle y est synonyme d’idolâtrie et elle est appliquée aussi bien aux villes et aux peuples païens, qu’à Jérusalem et au peuple juif, mais surtout à ces derniers, étant donné le lien spécial qui les liait à Yahvé, ce pour quoi l’infidélité d’Israël prend l’allure d’un véritable adultère (cfr. Is. 1, 21 ; Ez. 16, 15 svt ; Os. 2, 1 svt ; 5, 3 etc.)” (p. 454). Israël qui n’a pas cédé à la “basse” idolâtrie des divinités païennes, a adoré Satan lui-même en adorant sa première incarnation, le pouvoir politique dévié : “elle ne craint plus son vieil adversaire, et elle s’est tellement familiarisée avec lui qu’elle a cru pouvoir le dominer et l’assujettir à ses volontés. Conviction illusoire, que mettra en évidence la conclusion dramatique de cette monstrueuse union : la destruction de la prostituée par la bête” (pp. 453-454). “Le judaïsme était devenu idolâtre, car il adorait la bête et sa statue, c’est-à-dire le pouvoir politique. Et cela non pas tellement parce qu’il avait accepté de bon gré la domination politique des Romains, à laquelle en fait il était fièrement hostile ayant tendance à voir en elle une présence démoniaque. Mais malgré son opposition aux dominateurs, le judaïsme en adoptait la mentalité, les fins et les moyens. Car il rêvait de l’avènement d’un règne messianique qui soit le renversement complet de la situation existante où les dominés seraient devenus les dominateurs et les opprimés à leur tour oppresseurs”, plan diabolique pour le service duquel il mettait à contribution de façon impie la Loi et les Prophètes (p. 456). C. ne le rappelle pas explicitement, mais Israël semble succomber à la tentation diabolique que Jésus repoussa dans le désert : “Le diable de nouveau le transporta sur une montagne très élevée et lui montrant tous les royaumes du monde et leur gloire, il lui dit : je vous donnerai toutes ces choses si, vous prosternant devant moi, vous m’adorez” (Mt. 4, 8-9). Jésus, vrai Messie, refuse la proposition de Satan, proposition acceptée au contraire par le faux messianisme judaïque. Voilà comment la Femme qui au chap. XII de l’Apocalypse se réfugie dans le désert poursuivie par le Dragon, devient, au chap. XVII la prostituée qui, toujours dans le désert, est assise sur la bête : “le fait que la femme [Israël] soit ici représentée sous l’aspect d’une prostituée tend à montrer que, de toute évidence, son comportement spirituel a changé” (p. 453), elle est devenue épouse infidèle. Infidèle et homicide. La prostituée tient en effet dans la main une coupe “remplie d’abominations” (17, 4). Le terme “fait assez explicitement référence à la prophétie de Daniel sur l’‘abomination de la désolation’ (Dn. 9, 27), c’est-à-dire la profanation du temple” qui est pour C. “en rapport avec le meurtre de Jésus projeté et obtenu par les Princes des Prêtres juifs. (...) De toutes façons, que les ‘abominations’ dont est remplie la coupe tenue en main par la prostituée consistent essentiellement à verser le sang d’hommes innocents et justes apparaît clairement dans ce qui suit : ‘Et je vis la femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus’ (17, 6). Et là encore pour l’explication de ces paroles on a pensé à Rome et à ses cruelles persécutions contre les chrétiens. Mais les chrétiens à l’époque où fut écrite l’Apocalypse, ne voyaient absolument pas les choses de cette façon, spécialement aux endroits où la persécution prit naissance. Il suffit de lire un document comme le Martyre de Polycarpe, évêque de Smyrne, mis à mort vers l’an 156, pour se rendre compte qu’aux yeux des chrétiens d’alors, c’est encore essentiellement aux Juifs qu’incombait la responsabilité des persécutions contre eux ; or Jean écrivait bien avant l’auteur du Martyre de Polycarpe ; aussi semble-t-il bien difficile que son avis ait divergé de façon aussi radicale. Mais ce genre de considérations mises à part, les ‘saints’ et les ‘témoins de Jésus’ qui sont tués par la prostituée ne sont pas les disciples de Jésus, mais les justes et les prophètes de l’Ancien Testament (...). A tout ceci nous étions préparés par les dures paroles de Jésus contre Jérusalem coupable d’avoir tué les prophètes et lapidé les envoyés de Dieu (cfr. Mt. 23, 37 ; Luc 13, 34). Dans sa violente invective contre le judaïsme officiel, Jésus va jusqu’à le déclarer responsable de tous les homicides commis sur la terre depuis l’origine de la création (cfr. Mt. 23, 35). Une accusation que seule peut justifier la grandeur de la responsabilité incombant au judaïsme pour le fait d’avoir été choisi par Dieu comme dépositaire et gardien de sa parole et de sa promesse. Et la seule pensée de cette responsabilité, nous permet de comprendre dans toute leur portée les paroles terribles qui, au chapitre XVIII, concluent la célébration de la destruction de Babylone : ‘Et dans cette ville a été trouvé le sang des prophètes et des saints et de tous ceux qui ont été tués sur la terre’ (18, 24). La coupe que la prostituée tient à la main est donc elle aussi, tout comme celle que Jésus a dû boire, symbole de versement de sang, de sacrifice sanglant. Mais le sang que la prostituée verse n’est pas le sien propre, il n’est pas versé pour une cause juste et sainte : au contraire, c’est le sang des autres, un sang innocent, versé dans un déchaînement de violence en vue de l’obtention du pouvoir et de la domination. Lorsque Jean évoque le sang versé, sa pensée va certainement, en tout premier lieu, à celui de Jésus par lequel a été obtenue la rédemption de toute l’humanité (cfr. 1, 5 ; 5, 9 ; 7, 14 ; etc.) Mais à ces biens la prostituée n’aura pas de part car sa perspective est complètement à l’opposé. Les biens auxquels elle aspire sont tout autres : ‘Car elle dit en son cœur : - Je suis reine assise sur le trône, je ne suis pas veuve et je ne verrai pas le deuil - C’est pourquoi, en un seul jour, fondront sur elle ses fléaux : mort, deuil et famine ! et elle sera brûlée par le feu : (...) (18, 7-8)” (pp. 459-461). La destruction de Babylone décrite au chap. XVIII a contribué à la légende d’un christianisme subversif, sombre, fanatique, en attente frénétique de la destruction de la civilisation classique (cf. pp. 462-463). En réalité Jean entendait décrire symboliquement la fin de la Jérusalem terrestre, de l’ancienne loi et de l’ancien culte, fin survenue avec la mort du Christ (chap. XIX), et symbolisée par la bataille d’Harmaguédon, qui reprend dans un sens typologique la bataille de Mageddo où, avec le pieux Roi Josias, périt l’ancien royaume de Juda.

 

C’est donc en la transformation de Jérusalem en Sodome, Égypte et Babylone que consiste le “Mystère” [d’iniquité] que nous révèle l’Ap. “...Que nous nous trouvions devant une réalité sacrée qui s’est pervertie - écrit C. - le nom énigmatique que la prostituée porte inscrit sur le front semble le prouver. Ce nom est ‘mystère’ (cfr 17, 15), et c’est là le vrai nom de la prostituée. L’autre nom, c’est-à-dire ‘Babylone, la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre’ semble plutôt une explication du premier, selon ce que l’ange dit à Jean ; ‘Pourquoi t’étonnes-tu ? C’est moi qui te dirai le mystère de la femme et de la bête qui la porte’ (17, 7). Or, le mot ‘mystère’ dans le langage du Nouveau Testament ne se contente pas d’indiquer simplement une quelconque réalité énigmatique et d’interprétation difficile : il est, en général, associé au plan divin du salut, au Royaume de Dieu, à la mort de Jésus-Christ. (...) Par conséquent si la prostituée s’appelle ‘mystère’, cela veut dire que, même au moment où elle est jugée et condamnée, elle fait partie intégrante et importante du plan divin du salut. Ce qui ne peut être dit de Rome (...) mais ne peut l’être que de Jérusalem. Car c’est elle, pas une autre, qui sera rénovée et descendra du ciel sur le mont Sion, pour célébrer les noces mystiques avec l’Agneau (...). Le ‘mystère de Dieu’ qui s’accomplit dans la septième trompette est, comme nous le savons, la mort du Christ : celle-ci signe le jugement et la fin de l’économie ancienne, du judaïsme, de la Jérusalem terrestre et du même coup l’inauguration de la nouvelle économie, de la Jérusalem céleste, du judaïsme spirituel, de l’Église” (pp. 456-458, pp. 250-251 fr.). C’est ainsi que, dans l’interprétation de C., l’Ap. de saint Jean rejoint admirablement ce qui nous a été déjà révélé dans l’Épître de saint Paul aux Galates (4, 21-31) où l’Apôtre distingue la “Jérusalem d’à présent”, dont les fils sont dans l’esclavage, et la “Jérusalem céleste” qui est libre ; l’Apôtre annonce en outre la persécution continuelle que les fils de la Jérusalem terrestre feront subir aux fils de la Jérusalem céleste (v. 29).

 

L’Épouse de l’Agneau

Le chap. XXI et le début du chap. XXII (le dernier) nous présentent cette fameuse Jérusalem céleste, l’Épouse de l’Agneau. Il n’y a, à ma connaissance, que les Mormons à attendre une cité qui tombera du ciel comme le dit - symboliquement - l’Ap. En réalité, la femme figurée par l’Épouse de l’Agneau (qui est le Christ) est l’épouse fidèle du Messie, exactement comme la prostituée en est l’épouse infidèle : la première est l’Église, la seconde la synagogue. Et la “nouvelle Jérusalem” présuppose “la destruction de la précédente (devenue Babylone)” (p. 519). “La dernière partie de l’Apocalypse représente donc symboliquement la conclusion glorieuse, la réalisation pleine et parfaite du plan salvifique divin. La nouvelle Jérusalem est le symbole de la réconciliation qui a eu lieu entre l’humanité et Dieu, elle est le symbole de la nouvelle alliance éternelle et définitive, du nouveau peuple élu que Dieu s’est choisi, peuple constitué non plus d’une nation unique mais ‘de toutes les nations, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les langues’ (cfr. 7, 9). En ce sens elle est la figure de l’Église qui est elle-même, d’un côté, la reprise et la continuation de l’ancien Israël (cfr. 1, 20), mais qui de l’autre accueille et sauve tous les gentils (cfr. 21, 25 s ; 22, 2)” (pp. 520-521). Elle est déjà “nouvelle création”, “ciel et terre nouvelle” (cf. pp. 521- 522), arbre de la vie. “A la lumière de l’Esprit on peut voir ce que les Juifs, aveuglés par l’orgueil, ne parviennent pas à voir : la Jérusalem céleste, prédite par les Écritures, a été apportée du Ciel sur la terre par le Christ, mais ils ne l’ont ni reconnue ni acceptée, ils sont demeurés au-dehors devenant ‘synagogue de Satan’ (cfr ; 2, 9 ; 3, 9)” (p. 543).

 

Le Règne millénaire... est déjà arrivé (et même terminé depuis longtemps) !

Si, comme nous l’avons déjà vu, l’Église est, selon l’Apocalypse, la nouvelle et éternelle alliance, l’économie ultime et définitive du salut, où placer alors le fameux “règne millénaire du Christ” sur la terre, annoncé justement par l’Ap. au chapitre XX ? Car ce chapitre XX n’a jamais cessé de prendre toujours plus d’importance, au point que déjà en son temps saint Augustin avait dédié un volume entier de la Cité de Dieu au seul chapitre XX de l’Ap., “comme si le reste de l’œuvre n’avait pas existé” (p. 31). Nombreux sont ceux qui pensent que le Millénarisme (ou Chiliasme) [défini par l’Enciclopedia Cattolica comme : “erreur eschatologique, selon laquelle Jésus-Christ doit régner visiblement pendant mille ans sur la terre à la fin du monde”] trouve son origine dans l’Ap. ou, du moins, dans une interprétation erronée de l’Ap. En réalité, le Millénarisme est antérieur et étranger à l’Ap. ! Il est d’origine juive, non pas qu’il se trouve dans l’Ancien Testament, mais parce qu’inventé par les rabbins (cf. Enc. Catt., rubrique Millenarismo, vol. VIII, col. 1009 ; C., p. 28). Que dire du Chiliasme ? Voici ce que dit à la rubrique Gnosticisme l’Enciclopedia Cattolica qui rattache explicitement Chiliasme et Gnosticisme :“La gnose - écrit Erik Peterson - est antérieure au christianisme ; mais le respect [de l’Église] pour les traditions du peuple juif, dont l’Église avait hérité le livre sacré, porta à l’infiltration d’idées gnostiques et chiliastiques judaïques dans le milieu chrétien. Tout en demeurant fidèle à la lettre et à l’esprit de l’Ancien Testament, l’Église réfléchissant sur les faits réels de la vie de Jésus (...) réussit à se libérer de ceux qui ‘n’avaient pas été plantés par le Père’ (...) Mais la perspicacité à découvrir l’erreur ne fut pas égale partout...” (Enc. Catt., vol. VI, col. 881). Selon C., l’Ap. de saint Jean n’est pas un texte millénariste, c’est même au contraire un texte de réaction au millénarisme et qui le condamne ; ce millénarisme n’étant autre que la vision déformée, toute terrestre, que les juifs, et certains judéo-chrétiens, avaient du règne messianique (cf. p. 496).

 

Généralement, pour les auteurs catholiques qui, avec saint Augustin entre autres, repoussent le Millénarisme, le règne millénaire est celui de l’Église, règne qui s’étend de la première à la seconde venue du Christ. Selon notre auteur par contre, le règne millénaire fait allusion au salut encore imparfait, limité et provisoire offert aux justes de l’Ancien Testament : il est par conséquent déjà passé, et même terminé depuis bien longtemps. C’est donc là une position radicalement opposée au Millénarisme qui a fait tant de mal à l’Église... Il suffit de penser aux hérésies nouvelles et anciennes qui s’en sont inspirées : Ebionites (Cérinthe), Montanistes, Spirituels et Joachimites, Anabaptistes, Mormons, Adventistes, Témoins de Jehovah... Même mitigé (et qui n’implique pas la fin de l’Église) le millénarisme ne peut être enseigné sans danger, comme on peut le déduire de la réponse du Saint-Office à l’Archevêque de Santiago du Chili (21/6/1944) et de la mise à l’Index des œuvres de Lacunza, Ughi et Chaubaty. Pour une réfutation de toute forme de millénarisme, nous renvoyons donc sans hésitation à l’exégèse de Corsini (pp. 487-515 ; 265-278 fr.).

 

L’Apocalypse dans la situation actuelle de l’Église

Si, comme je le crois, l’exégèse de C. est correcte, en quel sens peut-elle influencer l’attitude de ceux qui entendent défendre la foi orthodoxe contre l’hérésie envahissante de nos jours ?

 

Si nous devons renoncer à voir dans l’Ap. une prophétie de l’avenir de l’Église, et surtout une prophétie des “derniers temps”, on se demande quelle peut bien être l’actualité de l’Ap. : de nombreux lecteurs vont être déçus, après avoir pensé trouver dans ces antiques pages l’annonce détaillée des tribulations que traverse aujourd’hui l’Église. Pourtant non, l’Ap. ne nous dit rien - directement - sur notre époque, et encore moins sur de futures interventions miraculeuses d’Enoch ou d’Elie, ou du Christ en personne. Et c’est bien justement pour cette raison que je considère cette exégèse (simple confirmation de ce que l’on savait déjà par d’autres livres de l’Écriture Sainte) comme tout à fait bénéfique pour le catholique fidèle de cette fin de millénaire.

 

D’une part, l’Ap. représente une confirmation importante de toute la doctrine révélée, et en particulier de celle sur les rapports entre Ancien et Nouveau Testament, entre Église et Synagogue, entre Christianisme et Judaïsme. Elle évite l’écueil gnostique marcionite qui rejette l’Ancien Testament, et en même temps elle attaque de front le judaïsme qui a refusé le Messie. L’exégèse de C., dépassant certainement les intentions de son auteur, confirme donc le bien-fondé de notre attitude de ferme refus face à la déclaration conciliaire Nostra Ætate et aux documents subséquents visant à la judaïsation de l’Église. D’autre part, cette exégèse, qui met en relief l’Église en tant qu’économie ultime et définitive de salut, évite au catholique en plein désarroi de notre époque de tomber dans la tentation de déclarer “morte” l’Église indéfectible, et de vouloir trouver quelque chose pour la remplacer. Prenons garde à ne pas identifier l’Église Romaine avec la Prostituée, ou le faux Prophète, ou l’Antéchrist (dont il n’y a pas trace dans l’Ap.) ; gardons-nous d’opposer une Église “fidèle” à une Église “officielle” ; gardons-nous d’imaginer une époque future où l’Église hiérarchique instituée par le Christ n’existerait plus ou bien serait changée dans son essence ; gardons-nous de suivre un faux mysticisme qui au lieu de pousser à la défense de la foi ne fait que nous ramener aux vieilles hérésies. Le devoir du catholique d’aujourd’hui n’est pas d’inventer une nouvelle Église traditionnelle, mais d’aimer et de défendre l’éternelle Église catholique ; il n’est pas de suivre d’étranges “révélations”, mais de demeurer fidèle à l’unique Révélation (ou “Apocalypse”) de Jésus-Christ, définitivement close à la mort du dernier Apôtre, l’Évangéliste Jean, le Voyant de Patmos.

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